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Paroles d’artistes : Dariusz Gajewski

Paroles d’artistes : Un cinéaste polonais d’aujourd’hui

Chapeau : Avec le film Warszawa, Dariusz Gajewski livre une œuvre qui ne cherche pas à embrasser la totalité de la réalité. “ Elle se contente de dessiner une image avec tout ce qui tombe sous la main. Elle crée un microcosme. ”

Source : Culture Europe International (http://www.culture-europe-international.org)
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Genre : entretien (Mots-clés : )

Rubrique : 41 - Spécial Pologne

Barbara HOLLENDER rédacteur
Dariusz GAJEWSKI cinéaste

Texte : L'ESPOIR A PETITE ECHELLE DE DARIUSZ GAJEWSKI

« Il y a cinq ans, raconte Dariusz Gajewski dans un entretien avec Gazeta Wyborcza, quand est née l’idée de Warszawa (Varsovie, n.d.t.r.), je venais d’écrire deux scénarios d’après Miron Bialoszewski: Donosy rzeczywistosci (Délations de la réalité) et Zawal (Crise cardiaque). Je trouve cette écriture proche de notre façon de sentir la réalité d’aujourd’hui : elle ne cherche pas à embrasser la totalité de celle-ci, elle se contente de dessiner une image avec tout ce qui tombe sous la main. Elle crée un microcosme.

Extraits d’un entretien avec Dariusz Gajewski, réalisateur du
film Warszawa, publié dans Rzeczpospolita en novembre 2003


Propos recueillis par Barbara Hollender


En regardant Warszawa, malgré la distance d’un quart de siècle et le changement de régime qui les séparent, j’ai pensé à Dziewczyny do wziecia (Les filles à marier) d’Andrzej Kondratiuk. Ces deux films se rejoignent quant à la déception et à l’égarement des protagonistes.

La déception du monde est inscrite dans notre culture. Notre degré d’idéalisme ne colle pas à la réalité, si bien que la révolte et l’amertume deviennent chose naturelle. Nous savons produire des voitures et des portables, nous opérons des transmissions satellitaires, mais tous ces jouets ne nous rapprochent pas.

Dziewczyny do wziecia aussi bien que Warszawa racontent l’histoire de provinciaux qui arrivent à la capitale pleins d’espoir, pourtant la réalité qui les attend est brutale.

Varsovie est une ville difficile. À Cracovie, on s’asseoit dans un café et l’on se sent au coeur de la vie. À Varsovie, non. Ce film évoque ce genre d’expériences. Le fait que les lieux n’accomplissent pas nos rêves.

Dans votre film, pourtant, les gens commencent à se retrouver.

Plus nos expériences sont traumatiques, plus vite nous apprenons qui nous sommes. Varsovie se prête merveilleusement à ce genre d’épreuve.

Avec Warszawa, vous vous êtes inscrits dans la nouvelle génération. Celle de Jakimowski, Barczyk, Trzaskalski, Siekierzynska, Szumowska, Niewolski… Vous êtes tous différents, mais quelque chose vous rapproche : vous ne vous sentez pas investis d’un propos sur l’histoire. Vous traitez du présent.

Je pense que le jeune public n’est pas intéressé par les allusions, il ne veut pas communiquer « sous la table ». Il attend une image du monde contemporain. Les auteurs de notre génération tentent de nouer un dialogue avec lui.

Warszawa se passe en une seule journée. Est-ce par modestie ?

L’unité de temps nous fait regarder l’histoire plus attentivement. Il devient alors difficile de mentir. Le cinéma polonais nous a habitués à la grande échelle. Je pense qu’aujourd’hui, ca vaut la peine de se tenir à une échelle « micro ». De décrire les petits instants qui n’existent pas dans les épopées. Car ce sont eux qui constituent notre vie. Pas les politiciens.

J’ai l’impression que le jeune cinéma est de plus en plus traversé d’espoir.

Il fut une époque où les réalisateurs traitaient de la réalité comme d’un enfer sans alternative. Aujourd’hui, la plupart des films essayent de surmonter le désespoir environnant. Warszawa est une tentative pour regarder la ville en face. Aujourd’hui, il faut être fort, il faut lutter. On peut gagner ou vaincre, mais il faut se battre. Pour soi-même aussi.

COUP DE GUEULE DES MUSICIENS DE LODZ

Quinze ans après la chute du mur de Berlin, à cent kilomètres de Varsovie, les Cool Kids of Death se battent contre les dérives de leur génération à coup de « riffs » saignants. C’est à Lodz (850 000 habitants) qu’ils ont créé leur chanson phare Génération Rien. Comme tous les membres du groupe, ils habitent Baluty, le quartier des « blocks » de Lodz. Usines textiles fermées, ouvriers au chômage… Pendant ce temps, les marques occidentales s’affichent sur les vitrines lustrées du centre-ville.

Cet article a été réalisé d’après un reportage de l’émission Tracks sur ARTE, diffusé le 7 mai 2003 (www.arte-tv.com)

Kuba, Cool Kids of Death : « J’ai un diplôme de philosophie qui ne me sert à rien. Lorsque j’ai écrit l’article intitulé Génération Rien dans la presse polonaise, c’était pour dire aux gens de garder leurs distances avec une certaine ivresse de la consommation. Ils doivent à tout prix préserver leur identité et cesser de croire que tout ce qui nous entoure ici, c’est la réalité. »

Wiktor, groupe Jude : « À Lodz, la semaine on va au boulot et le dimanche, après la messe, au stade. Les supporters des deux équipes de foot de la ville utilisent le symbole de l’étoile de David pour s’insulter et se livrent à des jeux de mots débiles avec le terme de « juif ». Il y a neuf ans, j’ai créé le groupe Jude, réplique du mot allemand « Jude ». Il s’agissait de provoquer une population qui reste insensible à l’antisémitisme ordinaire. Notre groupe efface les grafitti antisémites des murs. On joue dans les usines abandonnées. »

Paul, membre du groupe Africa Star : « La nuit, il y des quartiers où il est impossible de sortir seul. Quand les mecs voient que tu as la peau noire, tu as intérêt à décamper rapidement. »
À Lodz, le seul club qui accepte Africa Star est le Forum Fabricum. C’est le seul temple alternatif où tous les genres musicaux ont droit de cité. L’offensive du groupe Jude contre les inscriptions antisémites a donné des idées à la municipalité. Elle a institué une Journée de la tolérance à laquelle participent chaque printemps les lycéens de Lodz.

LES RATES DE LESZEK OSWIECIMSKI

C’est au Festival européen du Premier roman que nous avons rencontré Leszek « Hermann » Oswiecimski. Ce festival dont la seconde édition aura lieu à Salzau du 13 au 16 mai 2004, présente des jeunes auteurs européens dont le premier roman a été publié mais non encore traduit. Initié par la Maison de la Littérature du Schleswig-Holstein et le Centre culturel français de Kiel, avec le soutien du Service culturel de l’Ambassade de France à Berlin et du Centre culturel du Land Schleswig-Holstein à Salzau, cette fête littéraire qui se déroule dans un cadre ravissant, propose des lectures, des conférences et des ateliers consacrés à l’actualité de la littérature et de l’édition en Europe. Tous renseignements en contactant le Centre culturel de Kiel (ccfkiel@t-online.de) ou dans les pages de Rendez-vous, magazine d’information publié conjointement par le Centre culturel de Kiel, l’Institut français de Hambourg et le Bureau culturel français de Hanovre. À Salzau en mai 2003, Leszek Oswiecimski présentait son roman Klub Kielboduludow, publié à Berlin par Versager, réflexion sur la trahison et la prolifération d’une humanité hybride enrégimentée. Il vit à Berlin depuis 1998. Une autre particularité a attiré notre attention : Leszek Oswiecimski est l’un des membres fondateurs du « Club des Polonais ratés ».

Propos recueillis par Nina Moritz

Qu’est-ce que tu as étudié en Pologne ?
J’ai fait des études de philologie polonaise. Je me suis toujours intéressé à la littérature et j’ai pensé qu’ainsi mon passage à l’écriture se trouverait facilité. Mais c’était une erreur. Le fait d’écrire n’a rien à voir avec les connaissances linguistiques.

Comment vois-tu la société polonaise actuelle ?
Je la trouve « désorientée » et occupée à imiter l’Occident – les États-Unis en particulier. Le système de valeurs occidental est accepté sans critiques, de façon naïve. Le plus paradoxal, c’est que les valeurs de l’Ouest remportent un franc succès à l’Est, au moment même où elles s’épuisent.

Qu’est-ce qu’un « Polonais raté » ?
Quelqu’un qui a la force de reconnaître son échec, son inadaptation au monde tel qu’il est. J’ai choisi Berlin car c’est une ville qui instille le doute dans les convictions les plus solides. Notre club regroupe des artistes de différentes disciplines. Nous donnons des concerts, présentons du théâtre, organisons des expositions dans différents centres culturels de la ville.

Que penses-tu de l’entrée de la Pologne dans l’Union Européenne ?
C’est la seule chance pour ce pays. Je ne sais pas si cela fonctionnera mais, aujourd’hui, je ne vois pas d’alternative.

Cet article a été publié dans le dossier n°41. Pour acquérir cette parution, reportez-vous à la rubrique « commandes ».

Date de publication : 01/11/2003


Mots-clés : Pologne, cinéma, Dariusz Gajewski, Warszawa, musiciens, Leszek Oswiecimski, cinema, Poland, musicians, Polonia, musicos
Inséré le : 02/01/2006 10:01
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Thèmes : cinéma, esthétique, métiers et emploi,