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Quatre questions à : Waldemar Dabrowski, Ministre de la Culture de Pologne de 2002 à 2005
Trois questions au ministre polonais de la culture
Chapeau : Selon Waldemar Dabrowski, les priorités actuelles de la politique culturelle polonaise sont de bâtir de nouvelles relations et d’établir un équilibre entre la dimension subventionnée et la dimension marchande des activités culturelles.
Source : Culture Europe International (
http://www.culture-europe-international.org)
01 49 40 72 46 -
contact@culture-europe-international.org
2, rue de la Liberté, 93526 Saint-Denis cedex 02
Genre : entretien (Mots-clés : )
Rubrique : 41 - Spécial Pologne
LA REDACTION DE CULTURE EUROPE rédacteur
Waldemar DABROWSKI ministre de la culture
Texte : Quinze ans après la chute du communisme, quelles sont les priorités de la politique polonaise en matière culturelle? Deux expériences sont, à mon avis, dignes d’attention en tant qu’éléments déterminants pour les perspectives de la politique culturelle en Pologne. Premièrement, l’expérience négative du fonctionnement de la culture dans le cadre de l’étatisme communiste, sur fond d’absence de souveraineté du pays. Chaque ministre de la Culture en poste après 1989 a dû faire face au caractère destructeur de ces expériences, qui reste un défi permanent. Deuxièmement, les œuvres les plus créatives qui ont vu le jour pendant les cinquante dernières années, se formaient en opposition au communisme réel. Par ailleurs, deux des auteurs polonais les plus éminents du XXe siècle, Witold Gombrowicz et Czeslaw Milosz (Prix Nobel en 1980), ont créé en exil, directement confrontés à la réalité occidentale.
Quelles sont aujourd’hui les priorités de la politique culturelle polonaise ? Bâtir de nouvelles relations et un nouvel équilibre entre ce qui relève du domaine administratif, soit la mission d’assurer la protection du patrimoine d’une part, et les perspectives offertes par le marché libre. La recherche de cet équilibre concerne les relations entre la culture et l’économie, autrement dit les industries culturelles.
Je suis moi-même particulièrement sensible à une autre
dimension de la culture : la création des originaux (compositions musicales, poèmes, œuvres en prose, pièces de théâtre...). À l’heure
actuelle, l’Europe tout entière traverse une crise profonde dans ce domaine.
Que pouvons-nous faire pour préserver cet espace dans lequel peuvent se manifester l’esprit d’invention, la créativité, la faculté de saisir la réalité de façon novatrice ? Cet espace nécessite une attention, une solitude d’un genre particulier, faute de quoi les forces culturelles les plus vivantes ne pourront voir le jour.
De surcroît, les forces politiques et économiques qui unissaient l’Europe dans le passé, ne sont plus suffisantes. La complexité de l’intégration européenne implique la recherche de nouvelles énergies communes au service de la création dans ce qu’elle a d’imprévisible. Il suffit de rappeler le rôle qu’a joué pour les Européens des Lumières
La flûte enchantée de Mozart.
Il en va de même pour la première représentation à Prague de
Don Giovanni tiré de la tradition espagnole, devenu un mythe grâce à Molière, dont le livret a été écrit par un Vénitien Da Ponte, et la musique composée par Mozart de Salzbourg. C’est une création véritablement européenne qui devance de deux cents ans les actuels
programmes de coopération.
La situation des artistes et de toutes les personnes professionnellement liées à la culture, apparaît aujourd’hui, dans tous les pays européens, comme une question importante. Quels sont, dans ce domaine, les avancées et les projets de la Pologne? Nous constatons que les jeunes gens liés à la culture en Pologne sont très ouverts aux possibilités qu’offre l’intégration européenne. Je fonde de grandes espérances là-dessus. À titre d’exemple, dans une petite ville de Mazurie, un groupe de jeunes, adeptes du chant grégorien, a contacté d’autres groupes européens passionnés par le sujet, et s’est vu attribuer un soutien financier important par la Commission européenne. Je pense qu’en Pologne, il serait impossible d’annuler une manifestation du même rang que le festival d’Avignon. Tout au moins dans la Pologne d’aujourd’hui. Car on y fait toujours preuve de désintéressement lorsqu’il s’agit du travail créateur. L’équipe de Warlikowski a travaillé avec acharnement jusqu’à la fin pour mettre au point le spectacle
Dibbouk, sans tenir compte du fait que le spectacle risquait de ne pas être représenté à Avignon.
La réforme de la cinématographie polonaise suscite de nombreux commentaires. Quels sont, d’après vous, les points forts de cette réforme ? La loi sur la cinématographie adoptée en 1987 et encore en vigueur, est une réalisation très particulière. C’est l’œuvre des hommes de cinéma. Effectivement, L’école de cinéma polonaise avait un pouvoir extraordinaire. De
Cendres et diamant jusqu’à
L’homme de marbre, elle était subversive mais aussi anticipatrice : elle prévoyait des évènements qui ne se sont produits en Pologne qu’après 1989. Le phénomène et l’énergie de Solidarité, qui a ouvert la voie de la liberté aux Polonais, Tchèques, Hongrois, Slovaques et aux Allemands de l’Est, prolongeait ce grand scénario du film polonais. Solidarité avec son chef Lech Walesa, la décennie 1980, dix-huit mois de triomphe suivis de huit ans et demi (quelle coïncidence avec le chef-d’œuvre de Fellini !) de destruction du régime, couronnée par la liberté en Europe centrale : voilà une sorte de film, plus long que les autres. Grâce aux réalisateurs, la cinématographie polonaise a été le premier domaine géré de façon démocratique dans un système régi par le centralisme. Le courant du « cinéma de l’inquiétude morale » cherchait le sens dans les valeurs, en s’opposant à la réalité communiste.
Or, la loi a perdu son actualité face aux grandes évolutions des domaines politique et économique : l’absence d’une législation moderne présente aujourd’hui des défauts évidents.
Le projet d’amendement de la loi sur la cinématographie, soumis à la Diète, est le résultat de vastes consultations. Le point de vue de nombreux représentants du milieu cinématographique vise deux questions fondamentales : premièrement - la possibilité d’augmentation importante des subventions grâce aux recettes des jeux et au prélèvement sur les recettes de billetterie et de la vidéo, et dans l’avenir aussi sur les recettes télévisuelles ; et deuxièmement - la fin du secteur d’État, amorcée dans les années 1990 via la privatisation des salles de cinéma et des sociétés de distribution. Laisser à l’État le soin de gérer la production de films et les services de production serait aujourd’hui une solution anachronique, sans équivalent dans les pays régis par l’économie de marché.
L’Institut d’Art cinématographique dont la constitution est imposée par loi, sera créé à l’instar des structures existant dans tous les pays européens (à l’exception de l’Italie) afin de permettre la mise en place des deux objectifs susvisés. Grâce à son actif et à la multiplication des recettes, l’Institut d’Art Cinématographique deviendra un grand mécène de la cinématographie polonaise, capable de financer à titre supplémentaire, des films polonais de toute sorte, d’apporter un soutien, notamment aux jeunes artistes et aux distributeurs, et de contribuer à la diffusion des films et de la culture cinématographique en général.
Quel est le rôle de la Pologne pour la diversité culturelle en Europe et dans le monde ? La diversité culturelle est devenue, ces derniers temps, une sorte de banalité nécessitant chaque fois un nouveau décodage. En fait, la véritable diversité culturelle constitue un défi constant pour les ambitions et les horizons de l’unité politique. Personnellement, je souhaiterais par exemple, que la langue française soit mieux représentée dans les écoles et universités polonaises. Ce serait une contrinution décisive à la « diversité », ou plutôt à la présence des cultures nationales européennes dans toute leur complexité et leur richesse, ainsi qu’un mode d’accès à ces cultures.
Il serait bien de rappeler à l’Europe actuelle, qu’une construction politique unique en son genre, créée à l’époque des absolutismes, a survécu pendant presque trois cents ans ; je pense à la Res Publica constituée de plusieurs nations : Lituaniens, Ruthènes, Juifs, Allemands, Polonais... Cette forme d’unité européenne a finalement échoué au plan politique, mais dans la perspective actuelle, elle semble avoir préfiguré la fédération des nations européennes, et leur unité dans la diversité.
L’assimilation de la présence culturelle allemande sur les terres appartenant à la partie occidentale de la Pologne actuelle, est digne d’une attention particulière. C’est un processus complexe, présent dans la littérature et dans les œuvres des historiens et des restaurateurs du patrimoine. Il en va de même pour une autre « Atlantide submergée » la coexistence pluriséculaire des communautés juives avec les nations faisant partie de la République de Pologne.
Or, nous sommes ainsi confrontés à un problème éducatif, susceptible d’avoir des effets non négligeables. À la fin des années 1920, Thomas Mann a écrit un essai célèbre sur les traditions menacées de la Lübeck hanséatique, sa ville natale,
Lübeck en tant que forme spirituelle de vie (
Lübeck als geistige Lebensform). En général, ce qui cesse d’exister au plan historique, se transforme en culture. L’identité des Européens d’aujourd’hui se compose de différentes « formes spirituelles de vie », faute de quoi nous vivrions au jour le jour, sans mémoire ni engagement.
Cet article a été publié dans le dossier n°41. Pour acquérir cette parution, reportez-vous à la rubrique « commandes ».
Date de publication : 01/04/2004
Mots-clés : Pologne, Waldemar Dabrowski, ministre de la culture, 2002, 2003, 2004, 2005, intégration européenne, politique culturelle, coopération européenne, diversité culturelle, public, privé, artistes, cinéma, réforme, Europe, Polonia, Poland, culture minister, ministro de la cultura, European integration, integracion europea, cultural policy, politica cultural, European cooperation, cooperacion europea, cultural diversity, diversidad cultural, private, publico, privado, artists, artistas, cinema, moovie, reform, reforma, Europa
Inséré le : 02/01/2006 10:17
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Thèmes : cinéma, diversité culturelle, multiculturalisme, politiques culturelles, coopération culturelle,