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Trois questions à Renaud Donnedieu de Vabres


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Genre : entretien (Mots-clés : )

Rubrique : 44 - Les enjeux de la culture en Europe / European cultural challenges

Renaud DONNEDIEU DE VABRES ministre de la culture
Anne-Marie AUTISSIER rédacteur

Texte : Renaud Donnedieu de Vabres, Ministre français de Culture et de la Communication.

Propos recueillis par Anne-Marie Autissier



CEI : Il semble que la fin de la Guerre froide et l’Élargissement historique qui s’est accompli le 1er mai 2004 confèrent aux activités culturelles et artistiques un rôle nouveau, perçu comme décisif en termes de dialogue et de paix sur le continent. Dans cette perspective, quelles sont, selon vous les tâches prioritaires de l’Union européenne ?

Nous sommes à un moment historique exceptionnel en Europe. Après les tragédies et les traumatismes des deux derniers grands conflits mondiaux, la paix et l’unité renouent avec le mouvement naturel que penseurs et artistes européens, en précurseurs, ont toujours pratiqué : la libre circulation des personnes, des idées et des œuvres. Cet esprit partagé qui fait de nous des Européens.
Les tâches prioritaires qui nous incombent sont pour l’essentiel les suivantes :

Créer d'abord les conditions, juridiques et matérielles, nécessaires pour intensifier cette circulation, en contribuant par exemple à une meilleure distribution des films européens en Europe même, ou en veillant à ce que les productions télévisuelles les plus intéressantes de chacun de nos pays soient diffusées sur les chaînes de nos voisins ou encore à ce que les livres, aussi bien en langue originale qu'en traduction, soient disponibles dans un nombre de plus en plus grand de librairies. Bien d’autres initiatives devraient être engagées ; cela ne pourra se faire que grâce à une coopération plus étroite entre les États membres.

Veiller également à ce qu’une attention, un traitement, particuliers dans les politiques internes de l’Union soient réservés aux questions touchant à ce qu’on désigne malencon-treusement sous l’expression de « biens culturels », à laquelle je préfère le terme d’œuvres, celles-ci ne pouvant être soumises aux lois ordinaires du marché. L’Union doit devenir le héraut de toutes les diversités, face aux risques majeurs de régression et d’uniformisation culturelles que comporte la mondialisation.

Offrir enfin à tous nos créateurs et tous les acteurs de la vie culturelle la possibilité de travailler ensemble dans les pays tiers en développant et en multipliant ce qui s’est déjà fait, par exemple, à New York : l’ouverture d’un bureau commun à l’exportation des industries musicales ou encore la tenue de stands communs à plusieurs pays européens dans les grandes foires du livre du monde.


L’actuel rapprochement entre les ministres français, allemand, polonais, hongrois et espagnol de la Culture laisse augurer une nouvelle phase de coopération entre certains États membres, fondée sur un commun sentiment d’urgence. De ce rapprochement jalonné par les réunions de Berlin, de Paris et de Budapest, est-il envisageable que se dégage une coopération renforcée en matière culturelle (qui exigerait l’engagement d’un tiers des États membres) ou une « méthode de coopération ouverte » telle que celle qui a prévalu pour le Processus de Bologne ou en matière de jeunesse ?

Vous avez raison de signaler l’urgence de la nécessaire coopération entre nos pays. La promotion de la diversité requiert, précisément à l’heure de la mondialisation, le talent, l’imagination des penseurs et des acteurs culturels aussi bien que ceux des institutions que nous représentons.
Nous avons pour ambition de susciter les modes d’une coopération ouverte à tous les États membres qui voudraient s’y associer ; ces groupes de coopération doivent devenir de véritables laboratoires d’idées et d’expériences à l’usage de tous.
Je pense par exemple à la création d’un label qui concernerait les œuvres les plus significatives du patrimoine européen, lesquelles pourraient ainsi se voir mieux et davantage proposées à la curiosité du public, ou encore celle d’un fonds d’assurance commun pour faciliter la circulation des expositions, d’un pays à l’autre en Europe.


Vous avez souhaité que la réunion de Paris soit placée sous le signe de l’écoute des artistes et des intellectuels européens, largement relayée par la presse. Qu’attendez-vous de ces consultations ?

La mobilisation, dans un délai aussi court, de tant d’artistes et de penseurs de toutes les disciplines et de tous les pays de l’Union manifeste de leur part un engouement extraordinaire. Elle témoigne de l’émergence d’un sentiment d’urgence, ainsi que d’une formidable attente.
C’est la première fois que seront réunis, dans un même lieu, les ministres de la culture et les plus hauts représentants de notre communauté européenne ainsi que plusieurs centaines de créateurs.
Cette tribune, j’ai voulu l’offrir aux artistes et intellectuels, afin que leur parole libre, et généreuse, puisse se faire entendre de façon publique et collective ; et qu’elle puisse mobiliser tous ceux qui, en Europe, œuvrent pour la reconnaissance de la place capitale de la culture dans la construction d’un avenir que nous voulons commun.
Je crois que l’une des spécificités de la culture européenne, c’est la reconnaissance de l’altérité, la curiosité de l’autre et une certaine générosité qui porte au renouvellement des formes et des idées, ainsi qu’à l’esprit de découverte.
Cette singularité, nous la retrouvons dans le socle des valeurs humanistes légué par vingt-cinq siècles d’Histoire d’un continent qui a inventé la démocratie.
Il importe désormais pour les Européens, ces héritiers de la guerre et de l’équilibre des puissances, de s’appuyer sur la culture pour diffuser leurs valeurs et promouvoir leur vision du monde, en faisant circuler hors des frontières de l’Union, leurs idées, leurs œuvres et les productions de leurs industries culturelles.
Il importe aussi, après un siècle marqué par tant de violences et d’intolérances de renouer avec l’esprit des Lumières. L’ouverture, le respect, l’échange, le partage : que l’esprit nouveau de l’Europe souffle dans un monde plus vaste.
Les créateurs du troisième millénaire redeviendront, dans le dialogue avec toutes les cultures, des autres civilisations, les précurseurs d’une certaine vision du monde.

Cet article a été publié dans le dossier n°44. Pour acquérir cette parution, reportez-vous à la rubrique « commandes ».

Date de publication : 01/04/2005


Mots-clés : Europe, politiques culturelles, mobilité, droit, coopérations culturelles, diversité culturelle, valeurs culturelles
Inséré le : 02/01/2006 11:49
Union Européenne - http://europa.eu
Ministère français de la culture et de la communication - MCC - http://www.culture.gouv.fr

Liaison Document :

Thèmes : Europe, diversité culturelle, intégration européenne, politiques culturelles, coopération culturelle,