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Trois questions à Jean-Claude Gallotta


Source : Culture Europe International (http://www.culture-europe-international.org)
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Genre : entretien (Mots-clés : )

Rubrique : 44 - Les enjeux de la culture en Europe / European cultural challenges

Jean-Claude GALLOTTA chorégraphe
LA REDACTION DE CULTURE EUROPE rédacteur

Texte : Jean-Claude Gallotta, chorégraphe, directeur artistique du Centre chorégraphique national de Grenoble.

Jean-Claude Gallotta est l’un des chorégraphes emblématiques de la danse contemporaine française, aux côtés du regretté Dominique Bagouet et de Maguy Marin. Après des succès (Mammame, Docteur Labus, 99 duos) qui ont fait le tour du monde, il a présenté récemment Trois Générations fondée sur l’idée d’une même chorégraphie exécutée par trois générations de danseurs. Pour la dramaturgie du spectacle, le chorégraphe a fait appel à l’auteur dramatique, scénariste et romancier Claude-Henri Buffard, avec qui il travaille depuis 1998. La trame musicale était l’œuvre du groupe Strigall, basé à Grenoble et collaborateur régulier de Gallotta. Sa compagnie prépare actuellement Les sept péchés capitaux. Commandée par George Balanchine en 1933, Cette ultime œuvre commune de Kurt Weill et Bertold Brecht sera créée le 10 mai à la Maison de la Culture de Grenoble et présentée à la MC93 de Bobigny du 24 mai au 12 juin 2005. Les sept péchés capitaux sont coréalisés par par Hans Peter Claus et Jean-Claude Gallotta, avec Meret Becker et Mathilde Altaraz dans les rôles titres. C’est l’orchestre Obscur de Munich qui a enregistré la partition musicale, sous la direction de Peter Ludwig. Jean-Claude Gallotta est actuellement directeur artistique du Centre chorégraphique national de Grenoble.


CEI : Vous avez participé à l’Atelier « Théâtre, danse et Musique » présidé par Gérard Mortier. Qu’est-ce qui vous intéresse dans l’actuelle mobilisation européenne autour de la culture ?

Je répondrai à double titre. En tant qu’artiste, je suis souvent « contre le monde » mais en tant qu’acteur culturel, mon devoir est de m’impliquer dans ce monde. Le volontarisme est parfois utile. Il contribue à créer des débats collectifs, qui même quand ils sont des effets de mode, attirent l’attention des plus jeunes. Le partage européen peut en outre nous permettre de dépasser nos clivages franco-français. Traiter du spectacle vivant à l’échelle européenne reviendra peut-être à additionner les crises, mais la mise en commun de nos « petites » différences peut également s’avérer facteur de dynamique.


Vos spectacles ont tourné dans le monde entier plus qu’en Europe. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Économiquement, la situation concurrentielle instaurée entre les lieux de diffusion européens incitait à se projeter hors d’Europe – en Asie, en Amérique du Nord et du Sud, en Afrique… Sur le plan moral, l’hypothèque de la Guerre froide pesait très lourd et contribuait à se représenter l’Europe comme une sorte « d’arrière-cour » sans enjeux particuliers. Mais la chute du Mur de Berlin et surtout la guerre en ex-Yougoslavie ont ravivé mon désir d’Europe : j’ai pris conscience de l’importance et de la fragilité du projet européen. L’Union européenne m’est apparue comme la seule solution possible à nos difficultés, et comme un facteur essentiel de paix. Pour les Européens, tout le problème consiste à dépasser le passé sans en perdre la mémoire. C’est précisément ce que le projet européen peut nous permettre de faire. En novembre 2003, la tournée « Mammame à l’Est » en Europe centrale et orientale s’est avérée extraordinaire (Hongrie, République tchèque, Serbie-Monténégro, Bulgarie). J’en ai d’ailleurs fait un journal de bord pour Libération. Les problèmes des danseurs est-européens, prêts à quitter leurs pays pour vivre plus décemment, mettait en évidence nos disparités de situations et l’urgence d’une coopération européenne mieux développée.


Quelles sont, selon vous, les principales tâches de l’Union européenne et de ses États membres ?

Face à l’impérialisme économique, les responsables politiques mesurent leur perte d’influence et affichent leur besoin de s’appuyer sur les acteurs professionnels – artistes, producteurs et diffuseurs. Or ces derniers ne sont pas toujours prêts à s’engager. L’Union européenne doit batailler pour l’exception culturelle et le service public. Elle doit faciliter tous les types d’échanges et les coproductions ayant une véritable finalité artistique. Mais il faut aussi que l’information circule. On a trop peu de visibilité de ce qui se passe à Bruxelles. Il faut généraliser des expériences isolées réussies, les « modéliser ». Pour ce qui est du public, notre centre réalise beaucoup d’interventions et de rencontres avec les jeunes. C’est une partie essentielle de notre travail sur laquelle j’aimerais communiquer avec nos homologues européens. Les professionnels du spectacle ont aussi des responsabilités : ils doivent faire des propositions à l’échelle européenne et internationale.

Cet article a été publié dans le dossier n°44. Pour acquérir cette parution, reportez-vous à la rubrique « commandes ».

Date de publication : 01/04/2005


Mots-clés : Danse contemporaine, coopérations culturelles, coopérations intellectuelles, guerre froide, diversité culturelle
Inséré le : 02/01/2006 13:05
Liaison Document :

Thèmes : Europe, arts de la scène, métiers et emploi, coopération culturelle, danse,