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La Fondation Europe-Asie : une méthode novatrice


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Genre : analyse (Mots-clés : )

Rubrique : 43 - La coopération culturelle Europe-Asie / Asia-Europe cultural exchange in process

François ROCHE rédacteur

Texte : Par François Roche

La fondation Europe-Asie est jeune. Elle a été crée en 1997 dans un contexte politique particulier, à la suite du premier sommet Europe-Asie. Trois ans plus tôt, lors de sa visite à Paris, le premier ministre de Singapour, Goh Chok Tong, avait rencontré un intérêt à sa proposition de renforcer le côté faible du triangle Asie-Europe-Amérique, en créant un nouveau partenariat politique entre l’Europe et l'Asie. L’Europe, de son côté, souhaitait en effet accroître sa présence en Asie, tandis que les pays d’Asie, notamment ceux du Sud-Est, entendaient diversifier leurs relations.
Le dialogue Europe-Asie (ASEM pour « Asia-Europe Meeting ») était né sous la forme d’un processus inter-gouvernemental. Lors d’un premier sommet des chefs d’États et de gouvernements à Bangkok, en 1996, il regroupa les 15 États membres de l’Union européenne (avec la Commission), les 7 pays de l’ASEAN d’alors (Brunei, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande, Vietnam), la Chine, la Corée et le Japon. C’est donc une architecture politique inédite, et d’un certain point de vue incomplète, qui fonda ce nouveau dialogue, dans une approche avant tout pragmatique. On retrouve dans les orientations de ce dialogue politique les traditionnels trois piliers de la diplomatie : le politique, l’économique, et ce troisième secteur toujours difficile à définir, à tel point qu’il fut rangé sous l’ordre des « autres coopérations », le « culturel » se trouvant flanqué, en outre, du vague domaine appelé « social ».
C’est en rapport avec ce troisième pilier que fut créée sans retard la Fondation Europe-Asie établie à Singapour, dans cette cité-État qui avait joué un rôle clé dans l’amorce du processus du dialogue avec l’Europe, et dont la remarquable diplomatie, cherchait à renforcer ses positions multilatérales.
Après six années de fonctionnement, ce qui est, somme toute, peu pour une institution internationale, on peut tenter de tirer les premiers enseignements de cette expérience unique en son genre. Je me propose de l’envisager brièvement sous deux aspects, d’une part en termes de politique publique, d’autre part d’un point de vue plus particulier, celui des acteurs du monde culturel, intellectuels, artistes, médiateurs. À l’évidence, au risque d’être incomplet ou évasif, je me contenterai de quelques remarques, car le sujet mériterait beaucoup plus qu’un simple article, nécessairement bref.
Avec la fondation Europe-Asie, la diplomatie culturelle dispose désormais d’un instrument nouveau et original, qui favorise la coopération de région à région. Par le dialogue intellectuel qu’elle met en ½uvre, elle permet d’abord de lutter contre les terribles stéréotypes qui nuisent à la coopération politique et économique. Par ailleurs, ses responsables sont très attentifs à ne pas doubler ce qui se fait déjà dans ce domaine, soit sur le plan multilatéral avec l’UNESCO, soit sur le plan bilatéral. Ce qui compte avant tout, c’est la « valeur ajoutée ». Elle a su reprendre d’autres expériences, comme celle du Conseil de l’Europe, l’idée de coopérer avec les réseaux professionnels et civils, et faire mieux que les autres, Union européenne comprise, dans le partenariat avec les diplomaties nationales. Une étude attentive des nombreux événements déjà organisés (une vingtaine environ chaque année, soit 30 en Europe et 64 en Asie entre 1997 et 2003) montre une grande qualité partenariale à l’égard des États, dans une souplesse que la diplomatie culturelle classique ne connaît pas. D’un point de vue intra-européen, le paradoxe est que cette fondation réussit à habituer les pays européens à coopérer entre eux, quand l’Union européenne peine encore à le faire (sauf dans certaines de ses délégations, comme à Bangkok), et surtout quand les diplomaties culturelles nationales ne se sentent pas vraiment le devoir politique de collaborer entre elles dans les pays tiers. La Fondation apparaît comme « légitimante » d’actions trop souvent laissées à l’initiative d’opérateurs locaux.
Au demeurant, la Fondation ne peut pas totalement ignorer de subtils équilibres propres à toute institution contrôlée par un conseil de gouverneurs représentant les États membres. Cela amène à des pratiques de « politiquement correct », comme celle qui veut que dans chaque forum, dans chaque séminaire, figurent presque immanquablement des représentants de chaque pays. Dans le concret, l’exercice d’invitation d’experts ou de professionnels n’échappe pas à quelques incongruités, tant sont différentes les situations de professionnalisme selon les pays, notamment dans le domaine des industries culturelles. Mais il ne faut pas juger trop vite cette pratique, car elle peut stimuler les administrations ou les réseaux professionnels concernés et permettre d’identifier les secteurs pour lesquels de vigoureuses actions de formation s’imposent.

Quel impact dans le secteur culturel ?

Un coup d’½il rapide aux programmes conduits méthodiquement par la Fondation fait apparaître une très large dominante de symposiums, colloques, séminaires et ateliers, pour des groupes relativement restreints. La Fondation serait-elle retombée dans l’ornière de tant d’autres institutions internationales qui confondent l’action culturelle avec le « discours sur l’action culturelle », et qui réunissent plus des parleurs que des acteurs ? Certes non.
Il faut donc considérer son action sous l’angle du service rendu aux acteurs culturels, artistes, médiateurs et opérateurs. Le premier bilan des six années passées est plutôt flatteur. La Fondation a méticuleusement équilibré ses actions entre responsables politiques (cette coopération était et reste tout à fait nécessaire en Asie), réseaux professionnels et de la société civile, artistes et intellectuels.
Certains domaines semblent l’entraîner à un effort plus soutenu, tel le réseau ASEMUS des musées qui implique désormais plus de 70 membres. Les industries culturelles se situent au c½ur des problématiques euro-asiatiques, et avec des zones de douleur : piraterie, droits d’auteurs, production locale défaillante. En cinéma, la réanimation de festivals croisés depuis 1998 produit des résultats spectaculaires, qui intéressent le grand public, et non pas seulement des élites choisies. En musique, secteur particulièrement pertinent pour une coopération euro-asiatique, il y aurait encore beaucoup à faire, et il semble que ce soit l’intention de la Fondation pour les années à venir.
L’équipe de l’ASEF, emmenée avec la conviction d’un chef d’orchestre par Delfin Colomé (remplacé en octobre 2004 par l’ambassadeur Wo Chonil), manifeste le souci évident d’assurer un suivi et une mise en ½uvre effective des conseils ou des résolutions prises à l’occasion des multiples réunions tenues. Cela pose aussi le problème de la durée de l’accompagnement financier. L’ASEF est, comme la Fondation européenne de la culture (sise à Amsterdam), tiraillée entre le souci d’éviter d’être un « guichet permanent » et la volonté sincère d’accompagner certaines actions innovantes pour les consolider. Mais ce qui paraît le plus évident, et qui correspond à une donnée fondamentale des pays émergents d’Asie, c’est la priorité donnée par l’ASEF aux jeunes et à la formation. Ce volontarisme s’accompagne d’un effort particulier dans le domaine des publications (notamment le remarquable Asia Europe Journal) et de l’information électronique (60 000 pages consultées chaque mois). Là aussi, l’effet retour sur la « vieille Europe » devrait être bénéfique.
Il faudra regarder avec une attention particulière cette jeune fondation inventer de nouvelles formes de coopération internationale, non spécifiquement culturelle, mais fortement marquées par la volonté de donner à la culture la place qu’elle mérite dans le dialogue international. D’ores et déjà on peut dire qu’elle devrait faire école, là où manquent des instruments pour développer la coopération : par exemple entre l’Europe et l’Amérique latine, et pourquoi pas, aussi, avec l’Afrique. Cette formule est souple, peu dépensière ; elle fonctionne avec une petite équipe, mobile et dynamique. Tout ce que l’on voudrait pour d’autres institutions culturelles enlisées dans la bureaucratie.

Cet article a été publié dans le dossier n°43. Pour acquérir cette parution, reportez-vous à la rubrique « commandes ».

Date de publication : 01/11/2004


Mots-clés : Asie, fondation Europe-Asie, politique, ASEM, Asia-Europe Meeting, coopérations culturelles, Europe, ASEAN, économie, diplomatie, institutions internationales, réseaux, ASEMUS, ASEF
Inséré le : 31/01/2006 10:34
ASEF - http://www.asef.org

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Thèmes : coopération culturelle, institutions, politiques culturelles, relations internationales, société civile,