Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

East Side Story en Bosnie-Herzégovine

Chapeau : La Bosnie-Herzégovine n’affronte pas seulement une époque de transition comme les autres pays de l’Europe du Sud-Est, mais elle s’attaque aussi à la reconstruction d’une nation détruite par la guerre et à la création des conditions nécessaires au retour des réfugiés.

Source : Culture Europe International (http://www.culture-europe-international.org)
01 49 40 72 46 - contact@culture-europe-international.org
2, rue de la Liberté, 93526 Saint-Denis cedex 02

Genre : analyse (Mots-clés : )

Rubrique : 40 - L'Elargissement et au-delà ? / The Enlargement and beyond?

Dunja BLAZEVIC rédacteur

Texte : Par Dunja Blazevic (EoM)

Le pays est sous la protection de la communauté internationale. Il ne vit pas de sa propre économie mais des dons extérieurs. Les institutions de cet État à la Frankenstein, conçu selon la constitution morcelée de Dayton, ne fonctionnent pas. La communauté internationale, représentée par de très nombreuses organisations, finance la reconstruction des infrastructures afin de donner aux réfugiés un toit, l’électricité ou l’eau courante, mais en aucun cas ne prévoit de leur apporter de quoi vivre. L’économie est exsangue. Les jeunes continuent à s’exiler et leur départ s’ajoute au large pourcentage de la population instruite qui avait déjà quitté le pays pendant la guerre.
La culture et les arts n’existent pas dans les programmes des donateurs internationaux. Aucune politique culturelle ou système artistique n’existe. Le budget du ministère de la Culture reste insuffisant et personne n’y trouve à redire. Cette carence s’aggrave du fait que les élus locaux décident selon leur bon vouloir des dépenses, non tant par corruption que parce qu’il n’y a aucun critère ou mécanisme établi pour utiliser les fonds publics. Inévitablement cette gestion conduit à la privatisation des services publics. Il n’y a pas encore de conscience réelle que la politique culturelle doit reposer sur la création d’un environnement légal, économique et social qui favorise la vie artistique.
La production artistique est réduite aux initiatives de quelques individus. Les organisations alternatives sont marginalisées et la culture de masse fleurit à l’exclusion des autres formes culturelles. Les projets qui ne sont pas guidés par le souci de la consommation à grande échelle disparaissent dans un contexte où seul le profit impose sa loi. Les institutions professionnelles les plus récentes s’orientent vers des événements annuels comme des festivals qui attirent plus facilement des subventions et du public. Mais cette discontinuité de l’activité ne permet pas de conserver le professionnalisme et d’assurer la pérennité des programmes.

Volonté d’indépendance

Les institutions héritées de l’ancien système ne s’adaptent pas aux nouvelles conditions de vie, ne peuvent mener à bien leurs missions et ne s’intéressent guère à l’art contemporain. En revanche, de nombreuses organisations indépendantes ont vu le jour et soutiennent des initiatives novatrices. Ces projets ont été soutenus par la Fondation Soros jusqu’en 2000, Pro Helvetia et KulturKontakt. Ces fondations financent seulement les programmes et non le fonctionnement de ces organismes. Le Soros Center for Contemporary Art a joué un rôle fondamental depuis 1996 pour favoriser la création contemporaine tant pour financer de nouveaux projets, rassembler et publier de la documentation, mettre en réseau les professionnels et les artistes que pour organiser à l’étranger des expositions. En 2000 les différents centres soutenus par Soros ont changé de statut et de nom et se sont regroupés en un nouveau réseau (ICAN, International contemporary Art Network).
Si theoriquement, le pays peut compter sur le soutien des institutions et des différents gouvernements européens, il ne faut pas escompter une aide à long terme. La bureaucratie européenne défend l’idée de la diffusion du multiculturalisme hors des frontières nationales afin de déjouer le risque de guerre ethnique. Miran Mohar souligne que « le multiculturalisme est devenu une idéologie officielle qui utilise l’art pour contrôler le voisinage. L’art multiculturel s’est converti en une manière de préserver la paix dans les zones conflictuelles. C’est un besoin officiel et il est important de s’interroger sur les finalités d’un tel projet. Les artistes ne sont ni des policiers ni des travailleurs sociaux et pourtant de nombreuses ressemblances se dessinent. Dès que l’art s’instrumentalise, il devient ce que le réalisme social était dans les débuts du communisme. Dans un système libéral, le multiculturalisme peut aisément devenir une sorte de « réalisme social et libéral » ». Sans réflexion interne et nationale sur le sens des projets culturels et sans le développement de compétences réelles parmi les professionnels, les manifestations artistiques en Bosnie Herzégovine risquent d’être seulement des instruments de pacification ou des ornements coûteux parant une façade culturelle dérisoire.

Cet article a été publié dans le dossier n°40. Pour acquérir cette parution, reportez-vous à la rubrique « commandes ».



Mots-clés : Bosnie-Herzégovine, reconstruction, guerre des balkans, politique culturelle, Soros, Union Européenne, Bosnia, reconstruccion, guerra de los Balcanes, politica de la cultura, Union Europea, Balkans' war, cultural policy, European Union
Inséré le : 03/04/2006 13:51
Liaison Document :
Liaison Document :

Thèmes : politiques culturelles,