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L’ « Est de l’Union » s’interroge
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Genre : analyse (Mots-clés : )
Rubrique : 40 - L'Elargissement et au-delà ? / The Enlargement and beyond?
Beral MADRA rédacteur
Texte : Par Beral Madra, critique d’art et conservatrice au BM Contemporary Art Center d’Istanbul « Qu’est-ce que ça veut dire, « l’Est de l’Union européenne » ? Et pourquoi devons-nous débattre de ce thème ? », demandait Mai Abu El Dahab, une jeune commissaire d’exposition venue d’Egypte, invitée par la section turque de l’Association Internationale des Critiques d’art (AICA) dans le cadre d’une table-ronde intitulée « Art, critique et pratiques d’expositions à l’Est de l’Union européenne », lors de l’in- auguration de la 8e Biennale d’Istanbul (du 18 au 21 septembre 2003).
Elle avait raison ! La cartographie imaginaire du titre sonnait quelque peu étrange : un tel intitulé sous-entend en effet la centralité de l’Union européenne, les agents culturels et ressortissants de pays non membres se trouvant relégués dans sa périphérie. Il est pourtant urgent de s’interroger sur les aspects positifs et négatifs des nouvelles stratégies culturelles dans l’Europe unifiée. Nous autres, « à l’Est de l’Europe », faisons-nous partie de ces réseaux de communication et d’excellence que l’Union européenne veut renforcer ? Si l’on en juge par les ambitions de la Biennale d’Istanbul, on peut
aisément se convaincre du fait que nous faisons déjà partie de ces réseaux. Mais à examiner l’état des infrastructures locales et l’appréciation artistique de la Biennale, on réalise aussitôt le caractère naïf de ce point de vue.
Coopérer malgré les disparités Le paradoxe est qu’Istanbul, et en particulier sa Biennale, concourent à l’affirmation culturelle des Balkans, du Causase du Sud et du Moyen-Orient où la création contemporaine dans toutes ses composantes, s’appuie sur des initiatives privées dynamiques, sans le moindre soutien significatif venant des gouvernements et des politiques. Cette réalité explique peut-être l’intitulé contesté de ladite table-ronde : la promesse d’un « soutien public » pour les arts est trop séduisante pour être négligée.
Au-delà d’une contribution critique et théorique à la 8e Biennale, ce séminaire s’est interrogé sur les pratiques actuelles de
coopération internationale, les modèles et les outils de la coproduction, les opportunités de financement et les conditions de l’indépendance artistique. En tant qu’élément du récent système international des Biennales, celle d’Istanbul est d’abord conçue comme un espace d’expériences et de formation pour les jeunes professionnels engagés dans la conception d’expositions, la critique d’art ou le journalisme culturel. Qu’elle remplisse ou non cette fonction relève d’un autre débat.
Bien que les participants au forum turc de l’AICA soient venus d’horizons culturels très différents, les thèmes, questions et problèmes débattus étaient étrangement semblables. Les participants issus de l’Union européenne se préoccupaient en permanence de transmettre leurs connaissances et leur expérience, alors que ceux qui venaient des pays non membres, recherchaient des moyens de coopération. Parmi les nombreux thèmes évoqués, retenons le dilemme entre l’environnement institutionnel de la production artistique et ses effets sur la sphère publique ; celui des relations de l’art avec le discours officiel ; la diversité des contextes dans lesquels concepteurs d’expositions et critiques d’art mettent leurs principes en pratique. En conclusion, comparée au perfectionnisme qui caractérise l’art international et ses liens étroits avec les institutions officielles dans l’Union européenne, le secteur privé, le marché de l’art et la production restent fragmentées dans les pays non membres de l’Union. Les principaux obstacles à une coopération multilatérale tiennent aux différences entre infrastructures (systèmes d’éducation, philosophies administratives et politiques des institutions privées et publiques), à la disparité des marchés ainsi qu’à l’absence d’échanges théoriques.
Un intérêt teinté de méfiance Le fait que de semblables réunions se soient tenues dans des pays voisins de la Turquie n’est pas le fait d’une coïncidence, mais le résultat d’efforts déterminés et d’un travail en réseau. À Tbilissi, du 1er au 6 octobre 2003 un forum intitulé « Caravansérail » était organisé avec le soutien des ministères de la Culture et des Affaires étrangères de Géorgie, de l’Université de Tbilissi, de l’Académie des Beaux-Arts et de l’association française Apollonia. Les participants venaient d’Azerbaïdjan, d’Arménie, de Grèce et de Turquie. Deux autres centres artistiques, à Bakou et Beyrouth proclament leur intérêt pour la stratégie culturelle à l’œuvre dans l’Union européenne. À Beyrouth était organisée du 31 octobre au 6 novembre 2003, une rencontre intitulée « Homeworks II », à l’initiative de
l’association d’art contemporain, Ashkal Alwan. À Bakou, Leyla Akhundzadeh organisait en 2003 « Aluminium », seconde version d’un événement initié en 2000, avec la participation d’artistes d’Azerbaïdjan et de la région.
Nos tentatives pour rétablir des relations avec les Balkans, le Sud du Caucase et le Moyen-Orient peuvent sembler paradoxales. Les vents de la globalisation nous y poussent. Si l’on y réfléchit, les vents venus de l’Ouest voilà quatre-vingts ans, nous ont séparés et isolés les uns des autres, laissant des cicatrices profondes, des traumatismes durables et des ruptures irréparables. Ce qui est étrange c’est que l’histoire se répète et que les vents soufflent toujours de l’Ouest.
À présent, ces mêmes vents sont en train de transformer l’atmosphère culturelle de nos territoires, pour le meilleur et pour le pire, et d’une façon parfois contestable. Les artistes, critiques et programmateurs locaux sont instamment priés d’adopter le système culturel communautaire et l’idée que les diffuseurs européens font du mieux qu’ils peuvent en leur faveur. Mais, dans nos pays, les centres d’art contemporain connaissent une situation fragile et imprévisible. Les experts de l’Union européenne doivent comprendre que l’on ne peut pas exporter telles quelles les règles du commerce et les logiques de réseau ; pas même dans les Balkans, pourtant européens.
Le contexte historique, la mémoire, les voies particulières vers le modernisme et le postmodernisme, tout comme les difficultés économiques actuelles de nos régions, ont un impact énorme sur la vie et la production culturelles. On ne peut ni appréhender cette situation, ni la modifier de l’extérieur.
Cet article a été publié dans le dossier n°40. Pour acquérir cette parution, reportez-vous à la rubrique « commandes ».
Date de publication : 01/01/2004
Mots-clés : Turquie, Biennale d'Istanbul, PECO, réseaux, insfrastructures, élargissement, union européenne, nouveaux entrants, état membre, Turquia, bienal de Estanbul, red, infraestructuras, ampliacion, Union Europea, nuevos entrantes, estado miembro
Inséré le : 03/04/2006 14:01
Liaison Document :
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Thèmes : arts visuels, coopération culturelle, intégration européenne,