Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
La Slovaquie quatorze ans après
Chapeau : En Slovaquie, comme ailleurs, la construction du paysage culturel national et les conditions de travail des artistes dépendent encore de données historiques et sociales.
Source : Culture Europe International (
http://www.culture-europe-international.org)
01 49 40 72 46 -
contact@culture-europe-international.org
2, rue de la Liberté, 93526 Saint-Denis cedex 02
Genre : analyse (Mots-clés : )
Rubrique : 39 - L'Europe du spectacle à 25 / Performing arts in the Europe of 25
Miroslava KOVAROVA auteur
Texte : Par Miroslava Kovarova
Chorégraphe et Directrice de Bratislava in Movement Quatorze ans après la chute du Mur de Berlin, nous découvrons à quel point le communisme a pénétré les esprits. Même si nous n’avons pas ménagé notre peine pour ranimer notre « être social » ces années n’ont pas suffi car les problèmes sont profondément enracinés.
Nous bénéficions d’un fonctionnement démocratique : élus à l’issue d’élections libres, des représentants du peuple administrent les affaires publiques. Pourtant, jusqu’à présent, aucun gouvernement n’était parvenu à effectuer des changements radicaux. Le dernier en date a initié quelques réformes et l’actuel semble garder ce cap, du moins l’espérons-nous.
La société ne représente pas un tout homogène, elle est divisée en différents groupes, sur la base du revenu, des modes de vie, du type de travail, des relations familiales… Les mentalités évoluent très lentement et l’idée que l’indépendance réside d’abord dans la capacité d’initiative personnelle et le travail, fait peu à peu son chemin. Mais, dans des pans entiers de la société, la capacité d’autonomie reste absente, car les individus ont oublié comment agir en vertu de leurs propres objectifs, et non en fonction du regard d’autrui. On constate aussi une lassitude de la vie publique et une méfiance envers les politiciens. Quant aux médias, ils exercent une influence énorme sur l’opinion publique. Les liens sociaux se sont affaiblis , les gens se rencontrent moins souvent, la famille sert de refuge, elle représente un mode d’évasion hors du monde réel et des difficultés quotidiennes : le niveau de vie général a considérablement baissé, avec un chômage de 17 % en moyenne, mais pouvant atteindre 30 % dans certaines régions. Cette atmosphère sociale n’est pas favorable à la culture.
Des stratégies peu lisibles Le soutien traditionnel de l’État à la culture s’est effondré. Les partis politiques la mentionnent dans leurs programmes, mais sans en tirer les conséquences pratiques. Jusqu’à maintenant, aucune politique culturelle cohérente ne se dégage. L’État a engagé une transformation du système culturel, sans aucune analyse préalable, et sans connaissance de ce qui se fait sur le terrain.
Il existe tout de même un fonds pour les projets artistiques et culturels : Pro Slovakia. Son budget est de 1,95 million d’euros par an (1 euro : 40,9216 couronnes slovaques). Or il couvre tous les aspects de la culture, non directement soutenus par l’État : les théâtres indépendants, les projets indépendants en matière de musique, théâtre, danse, arts visuels, mais aussi la restauration des monuments. En 2001 la Commission de la danse de Pro Slovakia a reçu 29 000 euros, en 2002, seulement 22 000, alors que notre festival à lui seul représente un budget de 73 300 euros. Quant au ministère de la Culture, il finance massivement les institutions d’État. Depuis 2001 – seulement - une loi impose à ces institutions de fournir des informations sur la façon dont elles utilisent les fonds publics. Et la législation culturelle reste inachevée. En effet, si l’État n’a pas d’argent, il pourrait au moins créer des conditions stimulantes pour ceux qui souhaitent agir à sa place. Or la législation slovaque ignore la notion de parrainage. La loi sur les impôts autorise le parrainage au titre des frais de publicité, ce qui l’assimile à une promotion publicitaire des entreprises. La préférence des entreprises va aux événements prestigieux ou médiatisables.
Parallèlement à ces avancées timides, l’État se trouve englué dans le dossier dispendieux du nouveau Théâtre national. Il a été conçu comme un bâtiment représentatif de la Slovaquie socialiste – dans un style mégalomaniaque dont la construction a commencé en 1984. Les travaux étaient très avancés. Le dilemme – le démolir ou le terminer – a été tranché par les gouvernements successifs : ils achèveront sa construction. Celle-ci coûtera un montant total d’environ 44 millions d’euros. En 2001, l’investissement nécessaire a été de 16,1 millions et en 2002, de 10 millions. À titre de comparaison, le montant dépensé par l’État en 2002 pour la culture, était d’environ 15 millions d’euros.
Artistes et professionnels au milieu du gué Les artistes ont dû tout d’abord faire face à un vide. Après des années d’autoritarisme, il s’avère difficile de créer dans un environnement apparemment « libre » où il n’existe aucune figure à laquelle s’opposer. Un art indépendant est tout de même né, lequel, dans la plupart des cas, survit grâce à des fondations privées et des soutiens étrangers. Mais cette création contemporaine cherche son public.
De plus les spectateurs ne sont pas encore habitués à payer cher pour assister à des spectacles. Or le prix moyen d’un billet est de 1,95 à 3,66 euros, contre 0,39 euros en 1991. Les entrées pour les productions musicales et l’opéra peuvent coûter jusqu’à 7,33 ou 9,77 euros. Outre ce problème de prix, le public a trop vite succombé à la culture commerciale, essentiellement véhiculée par la télévision. Enfin, pour frayer sa route parmi un grand nombre de spectacles – pas toujours excellents –, il manque une presse spécialisée qui assumerait son rôle d’éclaireur et de critique.
À l’image du reste de la population, les artistes ne sont guère préparés à conduire leurs propres projets et les managers culturels ne sont pas légion. Il existe pourtant une frange d’individus entreprenants, travailleurs, créatifs, qui bénéficient aujourd’hui d’une réelle possibilité de déplacement. Résultat : beaucoup de gens talentueux passent la plupart de leur temps en dehors du pays, et ce essentiellement pour des raisons financières. Il faut ajouter à cette liste, l’inadaptation des enseignements artistiques. La tradition est étouffante. L’introduction de nouveaux savoirs s’avère difficile. Les méthodes pédagogiques sont dépassées. L’accès aux informations de base reste insuffisant.
Une coopération internationale difficile à construire et fragile Construire des institutions susceptibles d’agir en partenariat, s’avère long et difficile. L’association Bratislava in Movement par exemple, grâce à la Fondation pour le soutien des Activités civiques, a disposé d’un bureau, mais seulement après sa troisième année d’existence. Mais elle n’a ni personnel ni infrastructure. Il s’avère en outre de plus en plus difficile de trouver des ressources. En effet beaucoup d’organismes se sont créés car, officiellement, le pays est « stable ». Or l’État (notamment via Pro Slovakia) accorde un soutien de « lancement », sans garantir la suite de son financement.
Contre vents et marées, les autodidactes de la gestion culturelle et de la coopération internationale, ont su créer les conditions d’un nouveau dialogue. Il reste aujourd’hui à former de nouvelles générations d’acteurs et à convaincre nos responsables culturels – nationaux et locaux – de la nécessité d’opérer à long terme et selon des objectifs cohérents. L’adhésion à l’Union européenne devrait contribuer positivement à ce processus.
Site : www.abp.sk
Cet article a été publié dans le dossier n°39. Pour acquérir cette parution, reportez-vous à la rubrique « commandes ».
Date de publication : 01/06/2003
Mots-clés : Slovaquie, conditions de travail, artistes, reconstruction, paysage culturel, communisme, indépendance, mentalités, Etat, culture, tradition, coopération, Union Européenne, communism, independance, mentalities, state, cooperation, European Union, Eslovaquia, condiciones de trabajo, artistas, reconstruccion, paisaje cultural, comunismo, independencia, mentalidades, estado, cultura, tradicion, cooperacion, unione europea
Inséré le : 03/04/2006 14:37
Liaison Document :
Liaison Document :
Liaison Document :
Thèmes : intégration européenne, politiques culturelles, pratiques culturelles, sociologie de la culture,