Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Jean-Jacques Milteau, le voyageur


Source : Culture Europe International (http://www.culture-europe-international.org)
01 49 40 72 46 - contact@culture-europe-international.org
2, rue de la Liberté, 93526 Saint-Denis cedex 02

Genre : entretien (Mots-clés : )

LA REDACTION DE CULTURE EUROPE rédacteur
Jean-Jacques MILTEAU rédacteur

Texte : Propos recueillis par la rédaction de Culture Europe International

Harmoniciste, Jean-Jacques Milteau a été initié à la musique par le blues. Il intègre dans ses albums des souvenirs bigarrés de randonnées réelles ou imaginaires en Europe et partout dans le monde. En 2002, son œuvre a reçu le Grand prix du jazz de la SACEM. En 2003, son album Memphis a été consacré meilleur album de l’année aux Victoires de la Musique. Dernier disque en date - Blue 3rd, Universal.

Avec tant d’analyses et de finesse, comment se fait-il que l’on ait aujourd’hui de tels problèmes ? Il aurait peut-être fallu y penser plus tôt ! Oui, je suis inquiet des incertitudes qui pèsent sur nos métiers. Quel métier d’ailleurs ? Ce n’est pas un métier que de jouer de l’harmonica, vous êtes d’accord avec moi. Je me demande si on est au stade de la barbarie ou de la féodalité. J’ai l’impression d’un immense champ de bataille et je me demande si on vit la fin de l’Empire romain ou si nous allons courir nous abriter dans des forteresses qui nous offrent protection moyennant une allégeance.
Les télécommunications et les fournisseurs d’accès vendent du flux, l’informatique vend du DRM, éventuellement de la musique et en même temps, les outils pour la pirater. L’électronique grand public vend du matériel de copie plus ou moins licite. Les consommateurs, dont je suis, sont très ennuyés de ne pas pouvoir profiter du matériel qu’on leur vend ou des abonnements qu’on leur propose, parce qu’ils se trouvent à la limite de la légalité. Et enfin, il y a l’industrie du contenu à laquelle je suis très attaché. J’ai toujours considéré nos producteurs comme des partenaires, plutôt que comme des adversaires. Ayant moi-même été un temps producteur de mes disques, je sais toute la difficulté que cela implique. Depuis que j’ai signé un contrat avec Universal, les plans sociaux s’y sont succédés. Une offre parallèle s’est développée à toute vitesse, beaucoup plus vite que les juristes ne peuvent rédiger des textes. La soif de découverte et de nouveauté des consomma-teurs, crée évidemment des marchés que certains s’approprient. iTunes a finalement fixé ses prix en dépit de tous les acteurs de la profession. En 2003, quand iTunes a été lancé aux États-Unis, il y a eu un million de téléchargements dans la semaine, à la une des journaux, évidemment. Des circuits de production parallèle existent aussi. En Inde, le mois dernier, j’ai lu un article sur des formats que je ne connaissais pas, des plateformes d’échanges auxquelles je n’aurais jamais osé penser même dans mes rêves les plus fous.
Que nous reste-t-il comme perspective, à nous artistes ? Le contexte juridique et les sources de nos revenus sont profondément modifiés et nos droits sont réellement remis en cause, sous couvert du retour au droit exclusif - droit tout à fait estimable au demeurant - mais qui est toujours un droit cédé par les artistes, dans le cadre d’un rapport de forces qui ne leur est pas toujours ou plutôt pas souvent favorable.
On parle des DRM comme d’un outil. Je ne sais pas si c’est un outil ou une arme. Ces dispositifs permettent une prise de pouvoir sur un système de flux qui nécessite beaucoup d’élasticité. Se profile la disparition des sociétés de gestion collective au profit des opérateurs privés. L’impact sur la création serait désastreux parce que les 25 % prélevés sur la copie privée ne seraient en aucune manière compensés par une quelconque taxe dont on se demande sur quoi elle serait prélevée. Quant aux redevances versées sur internet, elles sont ridicules à ce jour. La disparition de la rémunération équitable est quelque part programmée et la disparition à terme des sociétés de perception et de gestion collective, forcément en vue : à partir du moment où l’on peut savoir ce qui se passe pour tel et tel morceau de musique en termes de marché, on rémunérera les artistes rentables - c’est-à-dire jusqu’à un certain seuil - et tous ceux qui, comme moi, font modestement de la musique, se trouveront peut-être en dessous de ce seuil ; ils devront se débrouiller pour récupérer leurs droits.
Je ne veux pas jouer les pleureuses, ce n’est pas trop mon genre. J’ai 56 ans et, jusqu’à présent, j’ai réussi à survivre en faisant de la musique ; j’espère que ça va continuer. Cependant, il faut trouver d’autres ressources et de nouvelles réponses. Rappelons que les artistes ne touchent rien sur les utilisations secondaires gérées selon les règles du contrat. Précisément à cause de ces contrats de droits exclusifs qui impliquent un rapport de forces extrêmement difficile. J’aimerais que l’on puisse sauvegarder les licences légales ou même éventuellement accroître leur champ d’application parce que cela permettrait aux programmateurs de toutes sortes - radios, télévisions, castings - de continuer à diffuser toutes sortes de musiques. Cela avantagerait la diversité de l’offre qui est en soi un facteur de développement de la culture. Restons extrêmement vigilants là-dessus. Et tâchons de trouver un équilibre entre les licences légales et le droit exclusif.

Cet article a été publié dans le dossier n°46. Pour acquérir cette parution, reportez-vous à la rubrique « commandes ».

Date de publication : 30/06/2006


Mots-clés : Droits d’auteur, droits voisins, artistes interprètes, Europe, sociétés civiles de perception des droits, Adami, DRM, musique
Inséré le : 24/11/2006 10:35
Thèmes : droit d'auteur, droits voisins, internet, musique, métiers et emploi,