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Trois questions à Michèle Gendreau-Massaloux
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LA REDACTION DE CULTURE EUROPE rédacteur
Texte : Michèle Gendreau-Massaloux est Recteur de l’Agence universitaire de la Francophonie.Peut-on considérer qu’il existe un héritage commun francophone dans la tradition universitaire européenne ? Associer l’Europe et la Francophonie, comme le feront sans doute les chefs d’État et de gouvernement qui se réuniront à Bucarest le 27 septembre prochain, fait résonner le mot Francophonie de façon neuve et forte. Cette relation abolit en effet deux connotations habituelles du mot Francophonie, celle qui porte la trace des épisodes coloniaux, et celle qui renvoie les échos de luttes récurrentes pour la revendication d’une identité francophone. La Francophonie européenne, par contraste, recentre le débat sur la langue et se confond avec l’aspiration à la reconnaissance du droit à la diversité. En cela, elle est moins liée au passé qu’à la construction d’un projet politique.
Pourtant, la conscience d’un héritage commun n’est pas absente de cette représentation. La langue des premiers échanges universitaires était le latin, et par la suite les langues vulgaires ont pris la relève, en même temps que persistait, entre les lieux du savoir, la pratique des voyages : voyages des étudiants, voyages des professeurs. Le savoir européen s’est donc constitué dans toutes les grandes langues de l’Europe, en particulier en français, et l’on peut écrire avec Umberto Eco qu’aujourd’hui encore la première langue de l’Europe est la traduction.
Comment l’enseignement en français dans les grandes universités du Vieux Continent est-il encouragé ? Partout en Europe les départements de français, d’études françaises et d’études francophones, distribuent une connaissance approfondie des composantes de la langue, de la littérature, des cultures de langue française. L’AUF les y encourage par une série d’outils mis à leur disposition, comme un guide des ressources informatiques pouvant venir en aide aux enseignants de français, qui sera bientôt disponible. Mais le rôle de ces départements s’est trouvé remis en question du fait que les pays francophones de l’Europe en devenir, en particulier la Roumanie, la Bulgarie, la Moldavie, demandent également à l’enseignement universitaire en français d’être le vecteur de spécialités professionnelles ainsi que de revendications démocratiques.
Par l’intermédiaire de l’Agence universitaire de la Francophonie, les universités des pays d’Europe centrale et orientale expriment le souhait de s’associer à la réforme des niveaux de diplômation des universités de l’Union, d’entrer dans ce que l’on appelle le processus de Bologne. Elles le font avec des objectifs de formation, en particulier, aux métiers de l’administration et de la gestion, que proposent l’AUF par son Institut francophone d’administration et de gestion (
IFAG), situé à Sofia mais à vocation régionale. L’école doctorale de sciences sociales de Bucarest, que soutient l’AUF, analyse les processus de transition démocratique de l’Europe postcommuniste et les évolutions économiques et sociales en cours. Exemple à suivre…
En quoi l’AUF peut-elle promouvoir spécifiquement les vertus du français dans les enseignements universitaires ? Plutôt que de « vertus », on parle aujourd’hui, concernant le français comme toutes les langues de diffusion internationale, de façons de représenter le monde : les universitaires de l’AUF rejoignent le point de vue d’un des fondateurs de la science du XIXe siècle, Wilhem von Humboldt, pour qui « la pluralité des langues est loin de se réduire à une pluralité de désignations d’une chose ». Elle crée différentes perspectives pour ce même objet. Il en résulte la possibilité pour chacun de décliner des représentations différentes du même objet. Puisque chaque langue porte une vision du monde, la francophonie universitaire s’emploie à définir une pédagogie et des savoirs intimement liés aux cultures francophones des pays dans lesquels ils se déploient.
Un des résultats de cette position de fond se traduit dans la réalisation de cours en ligne, porteurs de l’identité culturelle de leur concepteur en même temps que de la vertu universalisante de la langue (le français) dans laquelle ils sont rédigés. Et l’inscription à distance d’étudiants à des cours sanctionnés par des diplômes des plus prestigieuses des universités de la vieille Europe réduit les effets nocifs de la disparité des ressources entre universités.
De la sorte, étudier en français signifie non seulement accéder au trésor unique des savoirs francophones, mais aussi se doter, pour toute la vie, d’outils pour penser, travailler et rêver.
L’Organisation Internationale de la Francophonie, ce sont :
• 49 États et gouvernements membres : Belgique ; Bénin ; Bulgarie ; Burkina Faso ; Burundi ; Cambodge ; Cameroun ; Canada ; Canada Nouveau-Brunswick ; Canada Québec ; Cap-Vert ; Centrafrique ; Communauté française de Belgique ; Comores ; Congo ; Congo (Rép. démocratique du) ; Côte d’Ivoire ; Djibouti ; Dominique ; Égypte ; France ; Gabon ; Guinée ; Guinée-Bissau ; Guinée équatoriale ; Haïti ; Laos ; Liban ; Luxembourg ; Madagascar ; Mali ; Maroc ; Maurice ; Mauritanie ; Moldavie ; Monaco ; Niger ; Roumanie ; Rwanda ; Sainte-Lucie ; Sao Tomé-et-Principe ; Sénégal ; Seychelles ; Suisse ; Tchad ; Togo ; Tunisie ; Vanuatu ; Vietnam.
• 4 États associés : Albanie ; Andorre ; Grèce ; Macédoine.
• 10 États observateurs : Arménie ; Autriche ; Croatie ; Lituanie ; Géorgie ; Hongrie ; Pologne ; Slovaquie ; Slovénie ; République tchèque.
L’Agence universitaire de la Francophonie, fondée à Montréal en 1961, est une institution multilatérale qui soutient la coopération et la solidarité entre les institutions universitaires travaillant en français, prioritairement avec les pays francophones d’Afrique, du Monde arabe, d’Asie du Sud-Est, d’Europe centrale et orientale et de la Caraïbe. Présente dans près de 70 pays, avec ses bureaux régionaux, ses centres d’accès à l’information, ses campus numériques ou ses instituts de formation, l’AUF anime un large réseau à travers ses cinq programmes d’actions et de soutien, contribuant au développement de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Cet article a été publié dans le dossier n°47. Pour acquérir cette parution, reportez-vous à la rubrique « commandes ».
Date de publication : 01/10/2006
Mots-clés : Agence Universitaire de la Francophonie, héritage culturel, politiques culturelles, Europe, pratiques linguistiques, apprentissages linguistiques, études francophones, AUF, universités, études universitaires
Inséré le : 29/11/2006 17:02
Thèmes : Europe, diversité culturelle, enseignement, langues,