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Le rôle des échanges culturels dans une possible réunification des deux Corées
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Rubrique : Articles récents
Hyo Jeong Jang rédacteur
du 07/06/2007 00:00 au 31/05/2008 00:00
Paris 75007 France (Ile-de-France)
Texte : Par JANG HYO JEONGDepuis plus de soixante ans, la séparation d’avec la Corée du Nord a non seulement empêché la Corée du Sud d’accéder aux cultures de la Corée du Nord, avec qui elle partage une histoire de plus de cinq mille ans, mais elle a aussi engendré une tragédie faite d’hostilité et d’indifférence. Bien que, par intermittence, des deux côtés, quelques efforts de rapprochement aient été faits, le véritable dialogue a débuté au moment de la réunification allemande en 1990. Cette occasion historique, qui a suscité l’envie chez tous les Coréens, a fait naître dans le monde le grand espoir d’un pays unique. Tirant la leçon de l’Allemagne réunifiée, le côté Sud de la Péninsule a pris conscience de l’importance d’une « reconnaissance mutuelle » et d’un « changement par rapprochement » qui a permis de poser les fondements de la réunification. Dans ce contexte, les échanges culturels sont devenus la première étape vers la réconciliation des deux Corées, et éventuellement vers leur réunification.
En 1991, les deux Corées ont signé « l’Accord Sud-Nord » pour accélérer les échanges et réduire les tensions dans la Péninsule. Ensuite, le premier sommet intercoréen de juin 2000 a élargi les domaines d’échanges et, à partir de 2003, les échanges culturels et sportifs ont été accélérés, malgré une crise politique due à la confrontation entre la Corée du Nord et les États-Unis. L’objectif des échanges culturels entre le Sud et le Nord est d’installer la paix dans la péninsule coréenne et d’établir la confiance entre les deux Corées. Le contact est la clé de la stabilité géopolitique dans cette région.
À partir de 1990, les relations entre les deux Corées ont pris une direction favorable grâce aux échanges culturels dans plusieurs domaines, en commençant pas le sport. Grâce à son caractère moins politique, dès le début, le sport a joué un rôle d’arbitre dans la réconciliation des deux Corée. Le premier événement sportif qui a ouvert le dialogue entre le Sud et le Nord a été le match de football opposant les équipes de Séoul et de Pyongyang en 1990. L’année suivante, les deux Corées sont tombé d’accord pour constituer une équipe unifiée pour le Championnat de Tennis de Table.
Depuis, malgré des obstacles géopolitiques qui ont parfois bloqué l’organisation d’une équipe unifiée, les deux Corée ont renforcé leurs échanges sportifs à l’occasion de compétitions internationales. Les deux pays ont continué à participer ensemble à plusieurs cérémonies d’ouverture d’événements sportifs internationaux, comme lors des Jeux olympiques à Sydney et à Athènes. Ainsi on a pu voir la Corée du Sud et la Corée du Nord défiler sous le même drapeau lors des Jeux olympiques d’hiver à Turin cette année.
Envisageant de constituer une équipe réunie sous le même drapeau lors des Jeux olympiques à Pékin en 2008, l’Assemblée nationale de la Corée du Sud a déjà demandé aux deux gouvernements d’organiser une équipe unifiée. Grâce à cela, les deux Corée pourront montrer au monde entier les changements intervenus dans leurs relations depuis la guerre froide et leur volonté de réconciliation.
Dans le domaine des arts, de plus en plus de performances artistiques conjointes ont été montées sur les scènes des deux Corée, surtout à partir de 1998. Plusieurs expositions d’arts plastiques nord-coréens ont eu lieu à Séoul, et des cinéastes sud-coréens ont visité Pyongyang pour discuter d’une coopération dans le cinéma.
Le tourisme au mont Kumgang, pierre angulaire de la réconciliation et de la coopération au niveau des citoyens, est un symbole de la relation intercoréenne. De novembre 1998 à septembre 2003, 553 338 Coréens du Sud ont visité cette montagne pittoresque, considérée par les ancêtres comme un lieu peuplé d’êtres surnaturels. Malgré un problème de rentabilité certain, la Corée du Nord envisage de développer cette région en coopération avec le Sud qui se chargera de diversifier les programmes touristiques pour attirer un maximum de visiteurs.
Récemment, les deux Corées mettent l’accent sur des relations plus spécialisées et cherchent divers moyens pour atteindre une identité commune.
L’édition d’un grand dictionnaire de coréen
En 2005, les linguistes des deux côtés de la Péninsule ont décidé de créer un dictionnaire intégral. Ce sera le plus grand événement culturel entre le Sud et le Nord car, au cours de plus de soixante ans de séparation, les deux Corée n’ont pas eu l’occasion de reconstruire ensemble la langue coréenne qui avait été interdite pendant l’occupation japonaise. Depuis la libération et la division de la Corée, chacun a défini ses propres règles linguistiques, ce qui a accéléré les différences d’usage de la langue coréenne malgré l’emploi d’un même système alphabétique.
Intitulé Grand dictionnaire à l’usage de tous les Coréens, cet ouvrage de référence sera publié en décembre 2009. Il est prévu qu’il définisse plus de cinq cent mille termes qui engloberont tous les dialectes de la Péninsule ainsi que ceux des communautés coréennes de Chine. Le plus important est que ce dictionnaire déterminera la syntaxe du coréen unifié en reflétant les aspects grammaticaux de la langue contemporaine à la fois du Sud et du Nord.
La création de l’Université des Sciences et Technologies de Pyongyang
La coopération dans le domaine des technologies de l’information et de la communication est de plus en plus importante. Actuellement, les deux pays sont en train de mettre en place une université de sciences et de technologies à Pyongyang qui devrait ouvrir en octobre 2006. Cet établissement se propose de fonder une infrastructure technologique en Corée du Nord. Modèle de coopération technologique, cette future Université des Sciences et Technologies de Pyonyang favorisera le développement technologique de la Corée du Nord et les effets industriels, non seulement pour Pyongyang, mais aussi pour Séoul. La Corée du Nord, malgré son manque d’infrastructures et de matériel, possède déjà un niveau de TIC très élevé, notamment dans les domaines des logiciels et de la reconnaissance vocale et graphique.
Cette université contribuera à réduire l’écart économique entre les deux Corée qui serait un obstacle à la réunification. Prenant pour modèle la Séoul Venture Valley, cette université sera le berceau du développement informatique, électronique et communicationnel de la Corée du Nord grâce à un complexe de technologie informatique. Elle offrira aussi des programmes de création de PME en collaboration avec des entreprises sud-coréennes qui permettront aux jeunes Nord-coréens d’acquérir des expériences professionnelles dans le domaine de l’industrie « venture ». Cette université jouera le rôle de poste avancé pour le développement scientifique de la Corée du Nord.
La coopération des médias
Lors de la réunification de l’Allemagne, la Corée s’est rendu compte de l’importance des échanges entre les médias des deux pays. Les médias allemands ont joué un rôle primordial dans le transfert des informations entre les deux Allemagnes et cela a permis aux Allemands d’aboutir à la réunification.
Mais sur la péninsule, une telle coopération des médias était plus difficile parce que les deux parties n’étaient pas prêtes à ouvrir leurs portes à un régime politique différent. C’est à partir de 1997 que cette coopération a réellement commencé. Grâce au sommet de 2000, les visites des médias sud-coréens en Corée du Nord ont été plus fréquentes – on a même pu voir une émission télévisée en duplex. Cependant, ce type de coopération est toujours ponctuel en raison des régulations juridiques et des politiques extérieures de chaque partie difficilement conciliables.
Pour créer une relation de communication avec la Corée du Nord, il faut d’abord se concentrer sur la coopération, puis s’orienter vers les échanges. Ensuite, il faut mettre en place un organisme unifié en charge des affaires concernant les échanges médiatiques intercoréens – règles des informations diffusées, correction des erreurs, etc.
La signification des échanges et de la coopération Sud-Nord
Aujourd’hui, il est tout à fait possible d’entendre des chansons nord-coréennes dans les rues de Séoul ; peu à peu le rapprochement se fait. Selon un sondage réalisé en 2000, 61 % des étudiants sud-coréens étaient favorables aux échanges culturels avec la Corée du Nord ; 59 % des interviewés avaient déjà accédé à la culture du Nord et ont émis des opinions favorables en disant qu’elle était plus unique et créative qu’ils ne s’y étaient attendu.
Les échanges intercoréens signifient tout d’abord la formation d’une communauté socioculturelle partageant une histoire. Les échanges et la coopération sont les conditions nécessaires pour surmonter les différences qui se sont creusées depuis la division, et éventuellement atteindre une identité commune. Cette relation permet aux Coréens de comprendre le mode de vie de l’autre et de chercher le moyen de minimiser les conflits culturels et psychologiques si les deux Corée se réunissent.
La culture devrait induire l’ouverture de la Corée du Nord, le pays le plus fermé de la planète, et son innovation, sans provoquer de tension politique. Ainsi, les échanges culturels visent-ils à établir une relation paisible en détendant les conflits politiques et militaires dans la Péninsule.
Le processus de la réunification allemande et ses conséquences ont permis aux Coréens de conclure au rôle incontournable des échanges et d’une coopération durable entre les deux Corées dans la réalisation d’une réunification réussie.
Date de publication : 15/05/2007
Mots-clés : Corée du Sud, échanges culturels, politiques culturelles, relations internationales
Inséré le : 26/01/2007 14:41
Thèmes : coopération culturelle, politiques culturelles, relations internationales,