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L’embellie du cinéma franco-allemand
Chapeau : Bien que perfectibles, les partenariats cinématographiques entre les deux pays croissent et nous donnent à voir de bonnes coproductions…
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peter dinges rédacteur
Texte : Par Peter Dinges, Directeur du Filmförderungsanstalt à Berlin.Les relations cinématographiques franco-allemandes passent partout en Europe pour une belle illustration d’une collaboration bilatérale exemplaire. Pourtant, les « petites différences » entre les deux pays peuvent s’avérer conséquentes. Des systèmes d’aide différents ou des publics aux attentes diverses, suffisent à ré-attiser le dialogue interculturel. Mais le but est commun : le développement d’idées et de concepts novateurs afin de dynamiser plus encore les relations cinématographiques franco-allemandes. Pour un paysage aussi bigarré que prospère - aujourd’hui ET demain.
Les étapes d’une coopérationLa dynamique de l’échange grandit sur le terreau de l’accord contractuel issu du Traité d’Amitié franco-allemande, signé le 23 janvier 1963. Une nouvelle étape a cependant été franchie en 2000 avec la création de l’Académie franco-allemande du Cinéma. Les relations cinématographiques franco-allemandes reposaient alors sur trois piliers :
n La rencontre cinématographique franco-allemande - organisée en France et en Allemagne, annuelle depuis novembre 2003, et dont le nombre de spectateurs ne cesse de croître - se consacre à la construction de réseaux et de coopérations, notamment entre les producteurs, réalisateurs et distributeurs des deux pays. La dernière édition de cette rencontre, qui s’est tenue à Munich, a attiré environ 400 professionnels et dépassé ainsi les attentes les plus optimistes.
n La Masterclass franco-allemande ouverte par la Filmakademie (académie du cinéma) du Bade-Wurtemberg à Ludwigsburg, constitue, en commun avec La Femis, le deuxième pilier des relations bilatérales. Il s’agit d’un travail d’équipe. Le cursus de formation continue dure un an et permet aux diplômés d’écoles supérieures et aux professionnels du cinéma et des médias d’élargir leurs connaissances de l’industrie cinématographique française et allemande et d’étoffer un réseau européen de jeunes producteurs dédié à des productions transfrontalières.
n En 2001, fut porté sur les fonts baptismaux le Mini-Traité. L’accord portant sur un subventionnement supplémentaire des coproductions est à la source d’un volume annuel d’aides de trois millions d’euros, en provenance de l’Allemagne et de la France et réparti à parts égales. Un accord n’a pas vocation à n’être qu’une coquille vide et, de fait, la collaboration entre le FFA (Filmförderungsanstalt) et le CNC (Centre National de la Cinématographie) est, depuis, plus étroite. Le partage d’informations se fait sans bureaucratie. Il fonctionne à la fois de façon bilatérale mais aussi sur le plan européen. On en veut pour preuve « Les Ateliers du Cinéma Européen », plate-forme de formation professionnelle et de travail en réseau, soutenue par le FFA, le CNC et le Film Council britannique, et qui a pu se développer à partir des initiatives existantes de coproductions franco-allemandes.
Il faut faire encore mieux !La moisson de films parle d’elle-même. Le nombre de coproductions a en effet augmenté de manière significative depuis l’an 2000. Ce sont en tout 55 films coproduits par l’Allemagne et la France qui ont vu le jour au cours des cinq dernières années (contre 33 seulement entre 1994 et 1999). 36 de ces films ont été financés par le truchement du Mini-Traité. Durant ce laps de temps, la France est devenue le premier partenaire de l’Allemagne en Europe pour les coproductions. Cela s’est traduit par des succès au box-office, tels que
Le Parfum,
Französisch für Anfänger,
Joyeux Noël ou encore
L’ivresse du pouvoir (titre allemand : Geheime Staatsaffairen).
La « jeune pousse » en pleine croissance donne depuis longtemps des fruits, sur lesquels lorgnent aussi nos voisins européens. Et pourtant, il faut faire encore mieux. Aujourd’hui comme hier, les aides dans le cadre du Mini-Traité sont souvent accordées dans l’urgence, source de bien des tracas pour les experts. Les raisons en sont multiples. Ainsi, les productions tournées en langue allemande se retrouvent souvent le bec dans l’eau, du fait du durcissement de l’accès au système de subventions français. Par exemple : depuis l’entrée en vigueur du Mini-Traité, 23 productions à dominante française ont pu bénéficier d’un accès aux subventions contre 10 seulement à majorité allemande. La problématique selon laquelle les
coproductions ne bénéficient pas, en Allemagne, du même traitement fiscal qu’en France représente aussi un frein objectif. À cela s’ajoute le fait que les films faisant l’objet d’un cofinancement demeurent en Allemagne quasiment « invisibles », au cinéma et même à la télévision. Sur ce point, les deux pays ont encore plutôt tendance à garder leurs distances, exception faite d’ARTE. Morale : Il faut susciter un intérêt pour que ces films accèdent au marché de la distribution. Pas facile... mais faisable !
« Regarder vers l’avenir », c’est la devise ; les deux partenaires se montrent optimistes. Le 9 février 2007, les membres de la Commission Mixte ont étudié, dans le cadre de la Berlinale, les moyens de parvenir à un équilibre entre les systèmes de subventions, avec des premières amorces de solutions constructives. Les responsables misent ainsi avant tout sur la jeune génération et sa créativité. Pour élargir l’ouverture du marché aux coproductions franco-allemandes, c’est une révision du financement des productions pratiqué jusqu’à ce jour, qui est envisagée. Celui-ci doit à l’avenir, prendre la forme d’une combinaison d’aides aux producteurs et aux distributeurs. Des synergies supplémentaires sont attendues d’une coopération plus étroite avec la chaîne de télévision ARTE, dont on sait à quel point elle s’engage en faveur du concept franco-allemand. Citons également le nouveau Deutschen Filmförderfonds (DFFF), Fonds d’aide au
cinéma du gouvernement fédéral allemand, entré en vigueur le 1er janvier 2007 et dont la mission sera de soutenir des projets cinématographiques prometteurs. « L’injection financière » annuelle de 60 millions d’euros devrait faire sortir de leur réserve, tant les producteurs français qu’allemands. Certes, la recette idéale du bon mariage n’existe pas. Toutefois, pour peu que les Français et les Allemands mettent en commun leurs énergies, qu’ils avancent avec mesure, grandissent côte à côte et continuent à construire leur cinéma sur des fondations communes, alors plus rien ne devrait s’opposer à ce qu’un Happy End couronne cette liaison heureuse.
Cet article a été publié dans le dossier n°48. Pour acquérir cette parution, reportez-vous à la rubrique « commandes » ou adresser nous un mel : contact@culture-europe-international.org
Date de publication : 15/04/2007
Mots-clés : allemagne, germany, cinéma, cinema, coopération culturelle, cultural cooperation, coproduction, audiovisuel, CNC, film,
Inséré le : 31/05/2007 16:12
Thèmes : audiovisuel, cinéma, coopération culturelle,