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Deux marionnettes suscitent la controverse en Finlande
Finlande
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Rubrique : Revue de presse
du 14/03/2008 00:00 au 14/03/2010 00:00
Paris France
Texte : Imaginons une marionnette du général de Gaulle, en corset, au lit avec un jeune valet, et l'on peut avoir une idée des réactions en Finlande après la diffusion du film d'animation Le Papillon de l'Oural.
Dans ce film, la réalisatrice Katariina Lillqvist raconte un épisode de la vie du maréchal Mannerheim (1867-1951), figure emblématique de la Finlande. Il résista aux Soviétiques pendant la seconde guerre mondiale, préserva l'indépendance de son pays, et fut président de la république de 1944 à 1946. Mais il fut aussi à la tête des armées blanches qui arrachèrent l'indépendance de la Finlande, en 1918, face à la Russie soviétique. Le film raconte aussi comment le jeune Carl Gustav Mannerheim, lors d'un voyage en Asie comme ethnologue, s'amouracha d'un jeune Kirghize qu'il emmena avec lui. C'est cette évocation qui a choqué de nombreux Finlandais. "Mannerheim était une sorte d'androgyne bisexuel. C'était connu au sein de l'armée et dans certains milieux. Mais c'est la première fois que cette histoire est portée à l'écran", raconte Katariina Lillqvist, qui a reçu de nombreuses lettres d'insulte.
Mais le film évoque également le rôle de Mannerheim durant la guerre civile finlandaise et on le voit fusiller un soldat rouge de Tampere. "Cela fait tout autant débat. Les conservateurs m'ont reproché d'ouvrir à nouveau ce chapitre de notre histoire. Mais nous n'avons jamais eu la possibilité de discuter de ça à Tampere", explique Katariina Lillqvist.
Source : Olivier Truc, LeMonde.fr, 22.03.2008Katariina Lillqvist, poil à gratter finlandaisPar JYRKI RÄIKKÄ
Helsingin Sanomat
Finlande
Le 1er mars 2008
(extraits)Photo:REIJO HIETANEN
La poupée Mannerheim, assise sur une table de séjour dans le quartier de Pispala (Tampere-Finlande), semble plutôt innocente, malgré son costume et son casque de militaire. Il en va de même pour son valet assis à ses côtés, bien que la marionnette de ce dernier ne porte pas de vêtements. Et pourtant, sous la direction de Katariina Lillqvist, la paire a chamboulé tout ce qui concerne les icônes nationales finlandaises.
Le film d’animation
Uralin perhonen (
Le Papillon de l’Oural) raconte dans un registre tragi-comique l’histoire des relations homosexuelles supposées entre le Maréchal et son valet, mais il fouille également dans la vie des membres des factions communistes à Tampere durant la sanglante guerre civile de 1918.
Avec ce film, Katariina Lillqvist a voulu provoquer la discussion sur le mythe de Mannerheim, mais elle reconnaît qu’elle a été surprise et même choquée par le tumulte que le film a suscité dans les journaux, avant même que le film ait été projeté une seule fois. Ce film de 26 minutes a remporté le prix du meilleur film d’animation au Festival du Film de Tampere le 29 février dernier, et des dispositions particulières ont dû être prises en termes de sécurité, en raison des menaces reçues par Katariina Lillqvist.
"Les opposants les plus virulents font partie de ceux qui pensent que la légende de Mannerheim est nécessaire dans le climat mondial actuel. L’illusion de l’Etat-nation a volé en éclats et la notion de patriotisme ne cesse de fluctuer", commente Katariina Lillqvist. "Même le changement de climat peut favoriser le développement du sentiment d’insécurité. Au moment, où nous perdons nos hivers, ces images traditionnelles de nos héros de guerre dans leurs uniformes blancs skiant sur la neige épaisse deviennent des souvenirs vagues et distants". Selon elle, il est typique qu’en période d’instabilité, les gens se raccrochent aux traditions et aux croyances séculaires, mais elle pense que cela ne doit pas faire obstacle à la discussion libre, au débat et à l’expression artistique.
Katariina Lillqvist a déjà provoqué des réactions avec ses précédents films. Lorsqu’elle a présenté
Maalaislääkäri (
Un médecin campagne) au festival du film de Berlin en 1996, et remporté un ours d’argent, les Serbes en étaient livides. Le film resitue la nouvelle de Franz Kafka dans le contexte des évènements de Sarajavo, déchiré par la guerre. A cette occasion, la réalisatrice avait également reçu toutes sortes de menaces. Katariina Lillqvist considère aussi comme hautement politique Ksenia Pietarilalainen (
Xenia: The Saint of St. Petersburg) , produit en 1999 et qui explore le phénomène de renouveau de l’adoration des saints dans la Russie moderne.
En Finlande, les films de marionnettes sont systématiquement classés dans la culture pour enfants, mais Katariina Lillqvist est une élève de l’école tchèque d’animation. A Prague, le théâtre de marionnettes est un outil de satire politique depuis le Moyen-Age. Et dans un cas au moins, un artiste qui se moquait ainsi de Sa Sainteté le Pape l’a payé de sa tête.
L’histoire de Tampere, bastion rouge, durant la Guerre civile est un sujet encore à vif, très délicat à aborder. Bien que des batailles décisives s’y soient déroulées, Katariina Lillqvist raconte que lorsque qu’elle fréquentait l’école dans cette ville, on ne disait pas un mot de tout cela en classe. Habitant le quartier de Pispala, elle s’est peu à peu intéressée aux contes, aux chansons et aux légendes racontés par les vieux au sujet de la Guerre civile. Parmi ces histoires, celle de Mannerheim et de son valet. Elle précise qu’elle n’a pas fait un documentaire mais une œuvre symboliste à partir d’une légende. (…) Elle voit désormais dans l’ancien militaire et ancien président un symbole de la solitude, celle du héros qui a perdu le contact avec sa famille et qui est souvent loin de son pays. "J’ai rapidement abandonné l’image du général sanguinaire sans pitié. Mannerheim était un personnage complexe qui dès ses plus jeunes années a recherché sa place dans un monde très étrange et agité. Il était comme prisonnier de sa propre légende."
Article traduit et reproduit avec l’aimable autorisation du Helsingin Sanomat.
Les ailes coupées du papillonPar PERTTI AVOLA
Helsingin Sanomat
Finlande
Le 1er mars 2008
(extraits)Katariina Lillqvist est la réalisatrice finlandaise de film d’animation la plus connue dans les milieux internationaux. Son dernier film l’a également largement fait connaître dans son propre pays.
Le Papillon de l’Oural présente le héros national - Carl Gustaf Emil Mannerheim – comme un homosexuel qui a ramené de l’un de ses voyages d’exploration dans l’Oural un jeune kirghize, devenu à la fois son valet et son amant.
Quand la Guerre civile a éclaté dans le sillage de la déclaration de l’indépendance de la Finlande. Mannerheim a abandonné le jeune homme et a pris la tête des Blancs. Le récit est construit sur la base des histoires que Katariina Lillqvist a collectées à Tampere dans le quartier de Pispala, jadis habité par des travailleurs. Dans ce quartier ouvrier, qui a été annexé par la ville de Tampere en 1937, on ne considérait pas le général blanc comme un héros alors que les autres parts de la société finlandaise lui vouaient un culte.
Dans l’histoire, le jeune homme kirghize, retrouvé dans le chaos de la Guerre civile souffrant d’amnésie, est caché dans Pispala. Il est désigné sous le nom de "papillon" en raison de sa beauté et de son homosexualité.
Le Papillon de l’Oural est dans la même veine stylistique que les précédents travaux de Katariina Lillqvist. Les contes folkloriques et les traditions sont combinés avec intelligence et sensibilité dans un film de marionnettes qui contient une large part de fantaisie.(…)
On peut visionner le film sur
le blog de 100%100 Finlande
Date de publication : 14/04/2008
Inséré le : 11/04/2008 18:33