Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

La France à l’avant-garde du malaise politique dans la culture


Source : Culture Europe International (http://www.culture-europe-international.org)
01 49 40 72 46 - contact@culture-europe-international.org
2, rue de la Liberté, 93526 Saint-Denis cedex 02

Rubrique : Revue de livre

Jean-Michel DJIAN rédacteur

du 19/05/2008 00:00 au 19/05/2011 00:00
Paris France



Texte : Par Jean Michel DJIAN

Henri-Pierre Jeudy -Les usages sociaux de l’art- (Circé/ Poche, Paris 2007, 187 pages, 9 euros) –La machine patrimoniale (Circé/Poche, Paris 2008, 123 pages, 7euros)

Hans Belting- L’histoire de l’art est elle finie ? (Folio Essais, Paris 2007, 240 pages, 6euros)

Jean Clair -Malaise dans les musées (Flammarion, Paris 2007, 12 euros)Françoise Chaudenson -A qui appartient l’œuvre d’art ?(Armand Colin, Paris 2007, 27 euros)

Alain Brossat -Le grand dégoût culturel (Seuil, collection non-conforme, Paris 2008, 189 pages


Selon l’édition européenne du magazine américain Times daté du 3 décembre 2007 la France serait «un bazar multiethnique d’art, de musique et d’écriture venus des banlieues comme des coins les plus divers du monde non blanc»... De son côté, dans son Grand dégoût culturel, le philosophe Alain Brossat explique que la culture est devenue une telle «jungle» que «nous échouons toujours davantage à établir des hiérarchies, à installer des articulations».
En fait, la vraie question aujourd’hui posée est de savoir de quoi parle-t-on quand le mot «culture» est prononcé. Car la politique culturelle, sanctuarisée depuis la naissance de la Vème république par des pouvoirs publics avides d’en célébrer les vertus «démocratiques», a réussi le tour de force, sinon d’en vaincre, tout au moins d’en repousser sans cesse la signification. Pourtant, et c’est le paradoxe, jamais les ressources artistiques du pays, son potentiel créatif n’ont été si féconds : la vitalité des pratiques culturelles amateurs, la richesse des programmations artistiques en régions démontrent l’existence d’une offre culturelle dense, diversifiée, de plus en plus professionnalisée mais voilà, dit Brossat, «l’art est rare, la culture est partout, tout comme la politique est rare à l’âge de la démocratisation consensuelle».
La question n’est donc plus de savoir si l’art à quelque chose à voir avec la politique culturelle mais si l’activité économique qui régit celle-ci s’inscrit légalement dans le périmètre des attributs de l’Etat.

Un exemple : ce sont ces artistes «multiethniques» qui, depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy au ministère de l’intérieur en 2004, paient au prix fort la politique sécuritaire du pays en rencontrant les pires ennuis pour venir travailler en France. Les 3500 signataires du Collectif Schengen Opéra crée en 2006(1) pour dénoncer la restriction d’octroi des visas (en particulier aux artistes africains) constatent en effet «que des pratiques policières, discriminatoires, illogiques, polluent la mise en œuvre des projets artistiques et aboutissent à une forme de censure insidieuse car intégrée par les programmateurs, artistes, tutelles». Un constat éludé par le magazine cité plus haut.
Certes, le débat universel sur l’art et la culture n’a, depuis maintenant quatre siècles(2) jamais été en manque de boucs émissaires ni de polémistes brillants, mais en revanche jamais il ne s’est installé aussi souverainement qu’aujourd’hui sur les seuls terrains du droit, de la communication et du marché. L’«appareil d’action culturelle» (tel que les sociologues Ion, Miège et Roux dénommait dans les années 70 l’étatisation «rampante de l’activité artistique) ne raisonne plus qu’en termes de prestige, de rentabilité, d’image et de résultats. Les obligations chiffrées imposées par le Président de la République à ces ministres sont là pour témoigner de l’ascendant bureaucratique sur l’ensemble de l’activité publique, culture comprise.
Mais au-delà de cette vision comptable, une sorte d’idéologie démocratique de la culture, héritée de la Révolution, expérimentée en 36 sous le Front Populaire et généralisée en 81 avec l’arrivée de la Gauche au pouvoir, semble avoir irrigué l’ensemble des institutions artistiques en réussissant à enfermer leurs animateurs dans une contradiction insurmontable : faire en sorte, pour paraphraser Malraux, que «chacun puisse accéder à la culture» tout en sachant que les moyens publics pour y parvenir ne peuvent y suffire.
S’est installé alors, subrepticement, une «mécanique de la production» animée par le sentiment, politiquement légitime mais artistiquement pervers, que les œuvres devaient, à n’importe quel prix, trouver leur public. Comme l’avait prédit Hannah Arendt,(3) celles-ci sont devenues des produits destinés à être «vampirisés» : par des spéculateurs avides de placements(4), des industriels du programmes audiovisuels soucieux d’audimat, mais aussi, fait nouveau depuis que les collectivités locales détiennent un pouvoir en la matière, par des élus locaux qui, dans une proportion inquiétante, sont persuadés que le destin de la culture est nécessairement d’offrir au plus grand nombre de la jouissance, peu importe laquelle et pour qui(5). Au milieu, des pouvoirs publics nationaux qui, en l’absence de doctrine et de projets, avancent à la godille célébrant tantôt la «diversité culturelle» et le «dialogue des cultures», tantôt internet et les technologies numériques pour s’installer à l’épicentre d’un mouvement artistique mondialisé et feindre de l’organiser.
C’est en partie le sens du premier ouvrage d’Henri-Pierre Jeudy qui, dans Les usages sociaux de l’art n’hésite pas à dénoncer la responsabilité objective de la puissance publique dans cette fuite en avant. «Quand la culture n’est plus liée à la vie, quand elle épouse un processus sans fin de spectacularisation et qu’en conséquence, son devenir se conforme à des procédures institutionnelles qui lui donnent sens et finalité, le sujet, en tant que consommateur et reproducteur de biens culturels est devenu un suppôt».
L’heure du doute sur le bien-fondé des politiques culturelles aurait- elle sonné ? Car cette dénonciation fait écho à celle d’Hans Belting qui dans L’histoire de l’art est-elle finie ? revient sur ses anciennes interrogations en arguant du fait qu’Hegel avait raison quand il écrivait qu’en l’absence de nécessité absolue l’art devient «dans une certaine mesure, quelque chose de superflu»(6).
Et Belting d’en déduire que son rôle est aujourd’hui «aussi incertain que son cours futur est imprévisible» puisqu’au fond personne ne sait vers qui, pour qui, vers où, pourquoi il faut démocratiquement «faire œuvre d’art». La question du public, jadis posée comme un préalable nécessaire à la mise en œuvre d’une politique culturelle nationale ou territoriale, n’a plus de sens, sauf quand elle rejoint les intérêts conjoints des marchands et des politiques.
Fort de cette donne, c’est désormais l’industrie privée du cinéma, du marché de l’art, de la musique ou de l’édition qui devient le moteur silencieux d’une politique culturelle publique car elle garantie l’ «accès au plus grand nombre»(7). C’est elle qui, en ringardisant involontairement la création artistique dévolue à une élite donne le «la» ; c’est elle qui impose sa loi en sommant l’Etat de réglementer en sa faveur comme c’est le cas s’agissant de la «copie privée» (8); c’est elle qui, au nom de l’efficacité, dévitalise sournoisement la pensée en lui ôtant sa capacité à subvertir puis en sommant les artistes et leur public de «jouer le jeu». C’est elle enfin qui n’a pas peur de la «gratuité» puisque l’industrie culturelle dispose d’outils malicieux (bandes annonces offertes aux télévisions, prix littéraires, sponsorisation de la Fête de la musique…) pour créer l’addiction.

Quand Jeudy parle de «suppôt», il traduit bien là l’idée sous jacente que la très grande masse du public est prisonnière d’un système économique qui le condamne à se taire. «Le visiteur au sein d’une institution culturelle est supportable tant qu’il se soumet à la consécration culturelle, s’il manifeste un quelconque manque de respect, il ne l’est plus».
Plus grave encore que l’échec de la démocratisation de l’accès aux arts si régulièrement dénoncé(9), c’est ce trou noir creusé dans la conscience humaine par l’ «anéantissement» de l’esprit critique qui semble aujourd’hui faire débat. C’est ce que tente Jean Clair dans Malaise dans les musées. Prétextant la location des œuvres appartenant aux collections publiques du Louvre à Abou Dhabi(10), l’ancien directeur du Musée Picasso fustige «l'indifférence de l'opinion, y compris dans les couches qu'on pouvait espérer un peu plus cultivées - professeurs, universitaires, hommes des médias-. Elle révèle l'ignorance absolue qu'ont les Français des enjeux du monde des images, notamment de ces images très particulières que sont les œuvres d'art dont les musées sont le distillat le plus précieux».
Comme Brossat, Jeudy, ou Belting, Clair s’insurge contre la vacuité des politiques culturelles qui, faisant le lit de l’ignorance, sont «friandes avant tout de monnayer leurs collections nationales contre des missiles, ce que le droit canonique avait appelé la simonie, cette volonté d’acheter ou de vendre un bien spirituel pour un prix temporel». Comment dans ces conditions faire œuvre de politique culturelle si l’art n’est plus ? Nos auteurs, à commencer par le plus historien d’entre eux Belting, estiment que nous jouissons «d’une sorte de répit momentané qui nous permet de reconsidérer les divers statuts et justifications de l’art à la fois dans le passé et à l’ère du modernisme». Pour Clair, c’est plus dramatique car la France, contrairement à l’Italie, les Etats-Unis ou l’Allemagne n’a pas d’enseignement d’histoire de l’art ni à proprement parler d’éducation artistique. «Le français moyen est incapable de «lire» les images répondait-il dans une interview au Point (11) «Ce qui se passe au tympan des cathédrales, de reconnaître les personnages des compositions mythologiques de Poussin. Il ne demanderait pas mieux que de comprendre. Il devine bien que ce qu’il regarde, c’est son histoire, sa culture après tout, plus que celle d’un masque Dogon ou d’un tapis de prière. Mais qui le lui dit ? Bruxelles lui serine tout au contraire que l’Europe n’a pas d’héritage à respecter». Jeudy, tout en espérant que la montée en puissance des arts technologiques jouera en faveur de la désinstitutionalisation de la culture, ne se fait guère d’illusion car, dit-il, «l’art et la culture font désormais l’objet d’une véritable entreprise de gestion, fondée sur la séparation entre la vie et la culture». Et de conclure sur le fait que «la gestion culturelle consiste à faire entrer toute manifestation vitale de la culture dans le cimetière du savoir», pire, ajoute t-t-il dans son second ouvrage La machine patrimoniale, à régler une bonne partie la violence des métamorphoses locales, régionales et urbaines par l’assimilation d’un devoir de mémoire à la revendication identitaire».
La France est à l’avant-garde de ce malaise, car elle a très tôt servi de modèle. Depuis Malraux, elle a prétendue qu’un ministère de la culture était légitime car il garantissait un accès aux arts et à la culture égalitaire, libre, fraternel, bref républicain. Un demi-siècle après sa création on sait qu’il n’en est rien(12) Malgré le doublement du budget opéré dans les années 80 par la gauche, ce sont toujours, globalement, les même publics qui remplissent les salles de théâtre et d’opéra, vont aux expositions et fréquentent les cinémas, pratiquent les arts.
La fracture culturelle s’aligne sur la fracture sociale en s’offrant le luxe de convoquer l’industrie des loisirs (télévisuels en particulier) pour combler le déficit entre les riches et les pauvres, ainsi n’y voit-on que du feu. Ce n’est pas en décidant «l’accès gratuit aux musées pour tous», tel que l’a annoncé Nicolas Sarkozy pendant sa campagne présidentielle, que la question de la démocratisation sera réglée. Bien au contraire, toutes les études démontrent, chiffres à l’appui, que cette gratuité privilégie toujours les plus nantis (13)
Ce qui triomphe semble dire Jeudy ce n’est pas tant ce brassage par le haut que «la naissance de nouvelles formes culturelles qui puiseraient leur vitalisme dans le syncrétisme de la modernité, dans l’assomption de ce que l’on appelle multiculturel». Pour le sociologue du CNRS cette affirmation permet aux politiques d’outrepasser la «relation infernale entre l’intégration et l’exclusion». Une culture ne revendique plus un droit de cité, «elle le prend» dit-il. Dans une mégalopole, la contagion des signes provoquée par le mélange des cultures produirait une banalisation des différences, ce qui provoquerait une sorte d’«altérités moyennes» mais n’empêcherait en rien la surenchère des identités semble en déduire l’auteur. Et de conclure que, puisque «l’art est fini», que la subversion est inexistante, c’est «l’inutile» qui est en train de triompher. Il va s’en dire que la démonstration de Jeudy s’appuie sur l’idée qu’apprendre aux gens à apprécier «l’inutile» est le but ultime de l’acte politique. Il suffit pour ce faire qu’il ne puisse être dit que «c’est argent des électeurs qui est jeté par les fenêtres». D’une certaine manière, si on recoupe les points de vues larvés ou explicites de nos auteurs sur la question on les retrouvera d’accord sur l’essentiel: les politiques culturelles travaillent indiciblement contre l’objet pour les quelles elles existent. Ainsi la fin de l’art rejoindrait celle de la politique, et pour les plus optimistes à imaginer après Georges Bataille, que « c’est la vie elle même qui devient un art». De même pour le philosophe italien Giorgio Agamben pour qui c’est la dialectique culture/ nature qui nourrit le fond politique du débat «Ce qui se présenterait au jugement esthétique comme étrangeté absolue est à présent devenu quelque chose de familier et de naturel, alors que le beau naturel, qui était pour notre jugement une réalité familière est devenu quelque chose de radicalement étranger : l’art est devenu nature, et la nature est devenue art» (14)

Dans ce débat, Jeudy et Brossat convoque Nietzsche, pour affirmer que «le fait qu’un concept de culture se soit seulement formé dans la société moderne est la preuve de la disparition de la culture vécue», pendant que Clair confirme avoir entendu dès les années cinquante Gaëtan Picon, ancien bras droit de Malraux, s’alarmer sur l’emploi systématique du mot «culturel». Pour lui cela signifiait déjà «la fin de la culture». Dans cet ordre d’idée l’ancien directeur du Musée Picasso tente dans son ouvrage une explication intéressante du déclin de la culture «le culte avait tissé entre l’homme et ses dieux un lien vertical dirigé du bas vers le haut. La culture, entre les hommes et les hommes, une trame horizontale. Le culturel, c’est à nouveau une circulation verticale, mais en sens inversé. Ainsi conçue, la culture n’est plus que de l’ordre du déchet, ce qui choit, ce qui tombe hors du monde, l’immonde, l’excrémentiel. Elle matérialise la vieille équation de l’or et des fèces, ce qui se monnaie, se loue, se vend». (15) La spéculation toujours, ce «tue-l’amour» de l’art dont le marché international serait devenu la scène et les supports numériques le vecteur funeste de son triomphe esthétique.
Toute cette prose ne serait que pamphlétaire si un ouvrage juridique ne venait en étayer partiellement les thèses. A qui appartient une œuvre d’art ? de l’universitaire Françoise Chaudenson pose, sans concession, la seule question qui compte. En s’interrogeant à priori sur une possible «dissolution de la singularité de l’artiste» dans l’ère de la mondialisation industrielle, l’auteure remet les pendules à l’heure : «en quelques siècles l’artisan s’est mué en artiste jusqu'à accéder à la consécration du génie éclairant l’humanité, acception romantique d’une dimension de sacralité jamais atteinte jusqu alors. Depuis, tombé de son éphémère piédestal, l’artiste occupe soit le rôle emblématique de star médiatique, soit celui beaucoup moins prestigieux décrit par Pierre Michel Menger dans son Portrait de l’artiste en travailleur. Dans ce cas, il joue une fois de plus une figure anticipatrice d’une état de la société, mais annonce aussi une forme de déclin, de précarisation généralisée, plutôt qu’un progrès social». Puisqu’«il faut plaire pour vivre de son art», constate-t-elle, l’artiste s’inscrit consciemment dans une production en masse de l’industrie du divertissement mais en même temps «participe au bouleversement de la donne artistique» en introduisant une approche ludique des œuvres d’art devenues produits. Il n’y a désormais, formellement, plus de hiérarchie de valeurs au sein même des disciplines artistiques, entre elles et devant l’histoire. Seuls l’art contemporain, et partiellement la musique contemporaine, revendiquent une sorte d’autonomie «esthétique» en convoquant, avec plus ou moins de bonheur et de prétention la philosophie et la sociologie pour à la fois se distinguer et s’affranchir(16).
Mais c’est sur le terrain de l’économie que se joue aujourd’hui la permanence artistique. Les évolutions industrielles et technologiques modifient indiciblement le rapport de forces des systèmes de rémunérations du droit d’auteur au profit du modèle anglo-saxon (copyright) plus favorable aux producteurs, il est fort probable qu’à terme le droit d’auteur, dans l’esprit de Beaumarchais son inspirateur, aura vécu. Malgré la volonté affichée des Etats de protéger les artistes et leur patrimoine(17), force est de constater que les multinationales des images et du son disposent déjà des moyens de court-circuiter les deux en faisant valoir que le piratage généralisé des œuvres via internet les condamnent à mettre en œuvre une «autre économie». Une économie qui selon les conclusions de Denis Olivennes auteur du récent rapport commandé par la ministre de la culture Christine Albanel sur le téléchargement, donnera aux fournisseurs d’accès un pouvoir inespéré de sanction mais aussi de censure. La gratuité étant plus ou moins explicitement revendiqué comme un droit par les utilisateurs au nom de «l’accès démocratique aux savoirs», il est à craindre, selon Françoise Chaudenson, que l’avenir réserve aux créateurs un statut peu enviable de «producteur», c'est-à-dire de simple accoucheur de produits originaux. Ainsi la notion d’artiste et d’œuvre se retrouve de fait, sinon de droit, remise en cause rejoignant en cela les tenants de la «fin de l’art» explicitement énoncé par Belting, Clair et Jeudy. Mais il est un autre phénomène plus intéressant encore. Si la dématérialisation de l’accès aux œuvres prête le flanc au piratage, Françoise Chaudenson souligne qu’«elle exacerbe parallèlement un recours systématique au droit et des revendications de plus en plus exigeantes liées à la propriété littéraire et artistique, et au-delà à la propriété intellectuelle devenue de plus en plus extensive. Plus la spécificité des auteurs est gommée, plus l’âpreté de tous ceux qui peuvent éventuellement prétendre à un revenu patrimonial s’accroît sur ces sujets sans compter le droit moral qui lui aussi suscite de plus en plus de recours». Ainsi l’alliance objective, largement encouragée par les pouvoirs publics, du droit et du commerce dans les processus de valorisation du patrimoine artistique vivant constitue probablement le pire danger pour les artistes. Comment en effet ré-affranchir l’art de la pression du marché, lui redonner sens et souveraineté, si les gouvernements composent comme ils le font avec des industries du divertissement qui n’ont de cesse de réduire avec élégance mais fermeté la notion de service public à sa plus simple expression ?

Notes
1- Voir site http://schengenopera.free.fr/
2- On considère que Les vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes de Giorgio Vasari paru pour la première fois en 1555 constitue le premier ouvrage de référence sur l’histoire de l’art.
3- in Crise de la culture Gallimard/ Folio, Paris, 1972
4- A titre d’information le chiffre d’affaires réalisé en 2006 par Christie’s, Sotheby’s et Philips équivalait à 253 ans de budget du centre Georges Pompidou. Pour Sotheby’s la vente aux enchères qui se tient cet hiver à New York frôlera le milliard de dollars.
5- Les collectivités locales en France dispose en 2006 d’un budget de 5,5 milliards d’euros pour la culture quand celui du ministère de la culture plafonne à 2,8 milliards d’euros.
6- cf. «La fin d’une tradition» in Revue de l’art-1985. Belting reprend ici les thèses de l’ Histoire de l’art est terminée d’Hervé Fischer -Paris- Balland-1981.
7- Dans un sondage réalisé par Le Monde sur la politique culturelle à l’occasion de la dernière élection présidentielle et publié le 1er décembre 2006, 46 % des sondés privilégiaient «l’accès de tous à la culture» avant la défense de la diversité culturelle (15%) ; le rayonnement de la France (13%) ; le soutien aux nouveaux talents (11%) et l’organisation de grands évènements (8%).
8- Les dispositifs de contrôle prévus par la loi du 21 février 2006 sur les droits d’auteurs et droits voisins dans la société de l’information ( DADVSI) vont dans le sens des intérêts de l’industrie du disque, qui se mobilise contre la licence globale, alors que le SNEP (Syndicat national de l’édition phonographique) a révélé récemment que les téléchargements de musique ont rapporté en 2005 entre 30 et 35 millions d’euro estimés. Ce ne serait pas encore suffisant pour compenser la baisse des ventes de CD en chute libre, d’autant que les quelque 20 millions de titres achetés légalement par les internautes français ne représentent que 2% de la totalité des fichiers qu’ils ont échangés sur la Toile en 2005.Aujourd’hui, 4 multinationales, Universal, Sony BMG, EMI, Warner, contrôlent actuellement le marché. A lire :. «Internet : un séisme dans la culture de Marc Le Glatin , éd de l’Attribut- Paris 2007.
9- A lire sur le sujet La culture pour qui ? Essai sur les limites de la démocratisation culturelle de Jean Claude Wallach Editions de l’Attribut- Paris 2006 ; Les dérèglements de l’exception culturelle de Françoise Benhamou – Le Seuil- Paris 2006.
10- Alors qu’était rendu public le projet du Louvre d’Abou Dhabi on apprenait dans l’Express du 1er février 2007 et sous la plume de Bruno Abescat que «l’année 2007 serait marquée par la montée en puissance des fonds d’Etat du Moyen Orient en particulier de l’Abu Dhabi Investment Authority considéré comme le plus grand fond du monde arabe, disposant d’énormes masses de capitaux». A lire la revue Cultures et Musées N°9 consacrée au Politiques culturelles et au patrimoine sous la direction de Philippe Poirrier (Actes Sud – Juin 2007)
11- in Le Point du 11/ 10 / 07
12- cf. Sociologie des pratiques culturelles de Philippe Coulangeon aux Editions de la Découverte –Paris -2005. Mais aussi les différentes enquêtes menées par le Département des études et de la prospective du ministère de la culture entre 1973 et 1997.
13- «la gratuité, un trompe l’œil qui va privilégier les privilégiés» in mensuel Beaux arts (Décembre 2007). Une enquête qui, pour ces raisons, fait également référence à l’abandon par le gouvernement britannique de la gratuité dans les musées suivant en cela les conclusions d’une étude pilotée en 2003 par la société d’études indépendante Mori et avalisée par le directeur du British Muséum Neil Mac Gregor
14- in L'Homme sans contenu Strasbourg –Circé -1996
15- L’auteur du Malaise dans les musées s’inspire ici d’un propos de Thomas Mann qui, dans le Docteur Faustus (1945) écrivait «Depuis que la culture s’est détachée du culte et s’est faite culte elle–même, elle n’est plus qu’un déchet»
16- à lire : Devenir Contemporain ? La couleur au prisme de l’artde Christian Ruby -Paris- Editions Le Félin- 2007 mais aussi L'élite artiste-Excellence et singularité en régime démocratique, de Natalie Heinich Paris –Gallimard 2005
17- Le texte relatif à la Convention pour la «Diversité culturelle» votée à l’Unesco en 2005 est désormais entré en vigueur le 18 mars 2007, puisque plus de 30 Etats signataires sur 148 l’ont ratifié. Selon le directeur général de l’Organisation, «elle contraint les parties à adopter des dispositions juridiques tentant à protéger et valoriser le patrimoine et l’identité culturelle des nations».

Date de publication : 19/05/2008


Inséré le : 19/05/2008 20:29