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Polémique au sujet de Slumdog Millionnaire


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Rubrique : Dossier

Anne-Marie AUTISSIER rédacteur

du 11/10/2008 00:00 au 17/02/2010 00:00
Paris France



Texte : Par Anne-Marie Autissier

Le musician indien Ustad Zakir Hussein fait partie du groupe qui, sous la houlette de A.R. Rahman, a reçu le Grammy Award de la meilleure composition musicale contemporaine pour le film Slumdog. Quant au scénariste du film, Simon Beaufoy, il s'est vu attribuer le prix du Syndicat des scenaristes américains pour la meilleure adaptation, en l'occurrence celle du roman de Vikas Swarup. Alors que Slumdog est mieux placé que jamais pour les Oscars qui seront décernés le 22 février 2009, certains artistes et intellectuels indiens s'insurgent contre la façon dont le film exploite, selon eux, une image spectaculaire de la misère. “Je me fiche de savoir comment les habitants des taudis utilisent leurs chiottes”, s'écrie le musicien Ustad Amjad Ali Khan dans une interview pour le Calcutta Times en date du 11 février 2009. Et d'ajouter : “Chacun des lauréats devrait remettre le montant total de sa recompense en faveur de l'amélioration des bidonvilles.” Quant à l'écrivain et militante Arundathi Roy, elle critique le fait que Slumdog donne “de faux espoirs aux pauvres gens”. “On est en train de vendre la pauvreté de l'Inde en littérature comme au cinéma (…). La pauvreté rapporte beaucoup ces derniers temps”, s'insurge-t-elle. Et d'ajouter : “Je suis contre la description apolitique des bidonvilles.” Enfin Arundathi Roy souligne le caractère artificiel de certains personnages du film : “Le scénario donne l'impression que des personnages sortis tout droit des quartiers noirs de Chicago parlent avec l'accent de Yale ou de Harvard.”
Cette polémique rappelle celle suscitée par la remise de l'Ours d'or de la Berlinale 2008 au film Tropa de elite de José Padilha, une coproduction entre les USA et le Brésil, tout comme certaines réactions au film O jogo de bola, coproduction entre l`Allemagne et le Brésil. Tous deux dressent un portrait désespéré des favelas de Rio : violence, corruption, luttes entre gangs… Pourtant les habitants des favelas eux-mêmes pourraient s'inscrire en faux contre cette vision simpliste. Quoique vivant dans un piètre environnement, la plupart d`entre eux se rend chaque jour au travail et diverses ONG s`efforcent parfois avec succès, d'offrir aux jeunes des alternatives grâce aux activites artistiques et audiovisuelles. En fait, les favelas offrent une étonnante diversité, assez éloignée des stéréotypes réducteurs.
A l'instar de Slumdog, le style de ces films est hollywoodien, fondé sur des clichés et magnifie le combat entre le Bien et le Mal absolus. Alors que, au Brésil comme en Inde, des réalisateurs inspirés s'efforcent de montrer la complexité des réalites sociales comme, par exemple, Adoor Gopalkrishnan (Four women) et Marcos Jorge (Estômago), il semble que la misère fasse plus que jamais recette au hit parade des films “grand public”, sans contester le caractère brillant de certains de ces films. Les publics du Brésil, d'Inde et du reste du monde méritent peut-être plus de diversité. Il reste encore beaucoup de travail pour que circulent des approches complexes, capables de nourrir un réel dialogue mondial.

Date de publication : 16/02/2009


Inséré le : 18/02/2009 08:36