Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Le cinéma bengali : critique sociale et poésie visuelle, une longue histoire
Source : Culture Europe International (
http://www.culture-europe-international.org)
01 49 40 72 46 -
contact@culture-europe-international.org
2, rue de la Liberté, 93526 Saint-Denis cedex 02
Rubrique : Dossier
Anne-Marie AUTISSIER rédacteur
Texte : Par Anne-Marie AutissierL’histoire du cinéma bengali est plus que centenaire. C’est en 1897 que pour la première fois des films ont été projetés à Calcutta (aujourd’hui Kolkata). En 1919, le premier long métrage bengali,
Billwamangal, était présenté. Le premier film parlant,
Dena Paona de Premankur Atarthi, était projeté en 1931. En 1935,
Devdas, adapté d’un roman célèbre de Saatchandra Chetterjee, devint un phénomène public sans précédent (réalisé par P.C. Barua). En 1955,
Pather Panchali, réalisé par Satyajit Ray (1921 - 1992), sur la base de son propre scénario à partir d’un roman de Bihutibhusan Naberjee, a connu un rayonnement international, mettant le cinéma indien en contact avec des publics du monde entier. Du même réalisateur,
Jalsaghar (Le salon de musique), fut aussi un événement majeur en 1958 (Médaille d’argent du Président à New Delhi, Médaille d’argent pour la musique à Moscou en 1959). Ray a fait plus de trente-six films. Il a aussi écrit de nombreux essais et des textes de fiction. En 1992, déjà gravement malade, il a accepté un Oscar pour l’ensemble de son œuvre.
Les pionniers du cinéma bengaliLe réalisateur Mrinal Sen a, lui aussi, fait son premier film en 1955 ; il s’agissait de
Raat Bhore (L’aube, tr.d.l.r.). En 1960,
Baishey Sravana (Jour de noces, tr.d.l.r.) lui a conféré une reconnaissance internationale. Il est devenu plus reconnu encore avec sa « Trilogie de Calcutta » dans les années 1970 :
Interview en 1970,
Calcutta 71 en 1972,
Padatik (Le guérillero, tr.d.l.r.) en 1973. Mrinal Sen a réalisé des œuvres explicitement politiques alors que Calcutta traversait une période plus que troublée. Trois de ses films ont été distingués lors du Festival de Berlin :
Chorus en 1975 (Prix FIPRESCI),
Parahsuram (L’homme à la hache, tr.d.l.r.) en 1979 (Interfilm) et
Akaler Shandhaney (En quête de famine, tr.d.l.r.) en 1981 (Ours d’argent).
Kharij (L’affaire est close) a reçu le Prix du Jury au Festival de Cannes 1983, et
Ek Din Achanak (Tout à coup, un jour, tr.d.l.r.) a été récompensé par le Prix OCIC, une mention spéciale à la Mostra de Venise en 1989. Mrinal Sen a été fait Commandeur des Arts et des Lettres de la République française. Il a tourné en bengali mais aussi en hindi, telugu et oriya. Il vit actuellement à Kolkata. Son film le plus récent est intitulé
Amar Bhuban (C’est ça, mon pays, tr.d.l.r.) en 2002. Une autre figure remarquable du cinéma bengali n’est autre que Ritwik Ghatak (1925 - 1976). Comme Mrinal Sen, Ritwik Ghatak est né dans la partie du Bengale historique, dénommé Bangladesh après la partition. Sa famille et lui sont partis pour Calcutta, fuyant la famine catastrophique de 1943 et la partition en 1947. Son identification avec ce flux de réfugiés a fourni à son œuvre une métaphore fondatrice de la désintégration culturelle et de l’exil, matrice unificatrice pour toute son inspiration. Il est entré dans l’industrie cinématographique en 1950, en tant qu’acteur et assistant à la réalisation. Il a réalisé son premier film en 1952,
Nagarik, énorme succès en Inde. Il a dirigé huit long-métrages de 1952 à 1974, parmi lesquels
The Cloud-Clapped Star (1960),
Komal Gandhar (E-Flat, 1961) et
Subarnarekha (1962). Son dernier film,
Jutki Takka ar Grappo (Raison, Débat et Histoire), l’un de ses plus originaux, était largement autobiographique. Ghatak a aussi enseigné à l’Institut du Film et de la Télévision de l’Inde, à Pune. Il s’est totalement tenu à l’écart des courants commerciaux du cinéma indien. Malgré le soutien de Satyajit Ray lui-même, ses films n’ont pas obtenu l’audience internationale qu’ils méritaient.
La voie singulière des réalisateurs bengalisDans la génération suivante, citons Buddhadeb Dasgupta. Ce réalisateur bengali a obtenu le Prix spécial du meilleur réalisateur à la Mostra de Venise en 2000 pour son film
Uttara (Le lutteur, tr.d.l.r.). D’autres œuvres comme
Mondo Meyer Upakhyan et
Lal Darja (La porte rouge, tr.d.l.r.) ont été applaudis. Autre représentant du cinéma bengali actuel, Gautam Gosh, né à Kolkata en 1950. Il a fait ses débuts avec un documentaire plusieurs fois récompensé :
Hungry Automn (Automne affamé, tr.d.l.r.). Depuis 1973 , Gosh a tourné en bengali, telugu et hindi. L’un de ses plus récents films,
Yatra, a été tourné en hindi en 2006. Né en 1948, Utpalendu Chakraborty a rejoint l’industrie cinématographique en 1977. En 1984, il a consacré un film à Satyajit Ray,
Music of Satyajit Ray (La musique de Satyajit Ray), présenté dans la section « Un certain regard » au Festival de Cannes en 1985). Son œuvre
Moyna Tadanta a reçu le Prix Indira Gandhi en 1981. L’un des films essentiels de Ritupamo Gosh est
Bariwali (La dame de la maison, tr.d.l.r.), réalisé en 1999. Né en 1960, Ruchir Joshir est réalisateur et écrivain. Selon ses propres mots, il préfère l’expérimentation au fait de s’appuyer sur un système narratif classique. Il a réalisé
Eleven miles, un film documentaire avec et à propos des musiciens Baul, œuvre qui lui a valu le Prix Joris Evens au Cinéma du réel à Paris en 1991. Le principal prix du Festival d’Oberhausen est allé à l’un de ses autres films,
Milk City, et
Tales from planet Kolkata (Récits de la planète Kolkata, tr.d.l.r.) a reçu le prix FICCI à Oberhausen. Il a publié
The last Jet-Engine laugh en 2001 (traduit en français par Dominique Vitalyos pour Fayard,
Le dernier rire du moteur d’avion, Paris, 2006). L’un de ses court-métrages les plus récents,
A Mercedes for Ashish (2004) explore la difficile condition urbaine à New Delhi, pour des individus prenant refuge dans leur propre automobile, sortes de « cercueils » navigant au gré des échangeurs et des embouteillages. Inspirées par la tradition documentaire ethnologique et le « cinéma direct », les images de Joshir sont captivantes.
Mélancolie mégalopolistiqueFinalement, arrêtons-nous sur un film de 2009 réalisé par Aniruddha Roy Chowdury,
Antaheen. Ce réalisateur bengali a été applaudi pour son premier film,
Anuranan (Une résonance, tr.d.l.r.) présenté en 2006. Anuranan a été récompensé comme le meilleur film bengali en 2007. Roy Chowdury a aussi remporté le Prix du meilleur nouveau réalisateur au festival de Santa Cruz (Californie, Etats-Unis).
Antaheen évoque Kolkata, et la façon dont journalistes, politiciens, entrepreneurs, policiers vivent dans cette mégalopole chaotique, au gré des embouteillages, de la corruption et du silence. L’une des questions qui parcourt le film est celle de quitter la ville, mais pour aller où ? L’un des personnages principaux, une journaliste dénommée Paro, part finalement pour Mumbai (Bombay), sans pour autant considérer ce départ comme une victoire. Au contraire, Paro se sent par avance exilée, loin de ses amis, de ses amours et d’un contexte difficile mais familier. Tous les personnages d’
Antaheen apparaissent perdus et solitaires, malgré la surabondance de matériel technologique leur offrant une indéfectible compagnie - téléphones portables et ordinateurs envahissent l’écran. La musique composée par Shantanu Moitra souligne cette mélancolie post-urbaine (?) - selon le mot d’Olivier Mongin, auteur de
La condition urbaine, Le seuil, 2005. Rahul Bose et Aparna Sen sont deux des acteurs principaux du film. Il n’est pas indifférent de rappeler qu’Aparna Sen (qui incarne Paro) est aussi une actrice, scénariste et réalisatrice bengalie très connue. Lauréate de trois prix nationaux et de huit récompenses internationales, Aparna Sen a notamment réalisé
Chowringhee Lane en 1981 et
The Japanese wife en 2008. En tant qu’actrice, elle a joué dans de nombreux films bengalis et hindis. Quant à Rahul Bose, né en 1967, c’est un acteur, un scénariste et un réalisateur. C’est aussi un citoyen engagé.
Cet aperçu du cinéma bengali n’a aucune prétention à l’exhaustivité. Son unique propos est de souligner que la cinématographie du Bengale de l’Ouest s’avère plurielle et vivante, nourrie d’une pluralité de voix et de talents. La critique sociale est aussi un trait saillant de ce cinéma. L’engagement politique et social et la poésie visuelle font certainement partie des traditions d’une cinématographie qui trace ses propres voies, dans une relative indépendance à l’égard de Bollywood. Dans une interview avec Sonia Rannou en 2004 (
Indian Cinema Events), Buddhadeb Dasgupta expliquait que ses films étaient peu coûteux, et qu’il pouvait donc travailler en dehors du système « bollywoodien ». Il considère bénéficier d’un public « très fidèle », partout en Inde. Son défi le plus grand est la rareté de salles non commerciales dans ce pays. Et le nôtre est certainement que toutes ces œuvres soient distribuées au-delà du public des festivals européens. Un vrai travail en somme !
Date de publication : 10/04/2009
Mots-clés : allah rakha rahman, rahman, hindustani music, cinéma indien, indian cinéma, idian filmmakers, carnatic music, classical music, musique indienne, indian music, musique classique, filmfare awards, national film awards, dileep kumar, kumar, slumdog, slumdog millionnaire, bengale, kerala, pune, malayalam, elippathayam, Film and Television Institute of India, FTII, cinéma indien, oscar, adoor gopalakrishnan, gopalakrishnan, indian cinema, govindan aravindan, aravindan, bollywood, cinéma bengali, calcutta, kolkata, billwamangal, dena poana, premankur atarthi, atarthi, devdas, saatchandra chetterjee, chetterjee, barua, pather panchali, ray, mrinal sen, sen, raat bhore, baishey sravana, trilogie de calcutta, interview, calcutta 71, padatik, chorus, parahsuram, akaler shanbihutibhusan, naberjee, jalsaghar, le salon de musique, satyajit ray, resul pookutty, musique hindustani, delhi 6, inde, india, Akaler Shandhaney, Kharij, Ek Din Achanak, Mostra de Venise, Amar Bhuban, Ritwik Ghatak Nagarik, The Cloud-Clapped Star, Komal Gandhar, Subarnarekha, Jutki Takka ar Grappo, Ghatak, Buddhadeb Dasgupta, Uttara, Mondo Meyer Upakhyan, Lal Darja, Gautam Gosh, Hungry Automn, Yatra, Utpalendu Chakraborty, Music of Satyajit Ray, Moyna Tadanta, Ritupamo Gosh, Bariwali, Ruchir Joshir, Eleven miles, Milk City, Tales from planet Kolkata, The last Jet-Engine laugh, Dominique Vitalyos, Le dernier rire du moteur d’avion, A Mercedes for Ashish, Aniruddha Roy, Chowdury, Antaheen, Anuranan, Chowdury, Shantanu Moitra, Olivier Mongin, La condition urbaine, Rahul Bose, Aparna Sen, Chowringhee Lane, The Japanese wife, cinéma bengali, Buddhadeb Dasgupta
Inséré le : 16/04/2009 11:18
Thèmes : cinéma,