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Migrations géographiques et déconvenues électorales au Danemark

Chapeau : Depuis les élections du 20 novembre 2001, le Parti du peuple danois (DF) est devenu la troisième formation politique. Les 22 députés de la DF prétendent réserver le modèle de développement danois aux seuls nationaux et aux personnes immigrées « les plus qualifiées ».

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Genre : analyse (Mots-clés : )

Rubrique : 38 - Droites populistes, extrêmes droites et culture / Populist right, far right and culture

LA REDACTION DE CULTURE EUROPE auteur

Texte : Par Mogens Lykketoft
Rapporteur politique du parti social-démocrate danois, Ancien ministre des Affaires Étrangères


Bien qu’ils aient assuré des conditions favorables au développement économique et à l’emploi, la plupart des gouvernements de centre-gauche en Amérique du Nord et en Europe occidentale ont été désavoués par leurs électeurs ces dernières années. À présent ce sont les tenants du « plus de marché et moins de social » qui détiennent le pouvoir, et prennent leurs distances à l'égard des idéaux socio-démocrates : liberté pour tous, sécurité sociale, ouverture d’esprit en ce qui concerne la culture, perspectives internationales.
Ce changement tient à de multiples causes : comme c’est le cas de plusieurs partis homologues ailleurs, les Sociaux-démocrates danois ont été tenus responsables des problèmes générés par les migrations et boulversements démographiques à l’échelle mondiale. Mais qu’un gouvernement non-socialiste aille jusqu'à consolider sa majorité parlementaire en s’appuyant sur les voix et le soutien de la nouvelle droite populiste et nationaliste – qui s’investit contre l’immigration, la coopération européenne, et la solidarité internationale – constitue un fait à la fois inédit et inquiétant. Les Libéraux et les Conservateurs ont utilisé la grande répercussion de la campagne des populistes de droite contre l’immigration pour saper le pouvoir des Sociaux-démocrates.

Impatience plus que racisme

Dans la plupart des pays européens, le nombre de citoyens d’origine étrangère augmente par rapport au reste de la population. Le monde « rétrécit » et devient de plus en plus « accessible », à portée d’avion. Il est naturel qu’un grand nombre de personnes vivant dans des pays défavorisés fassent tout leur possible pour soustraire leurs familles à la pénurie et à l'oppression. On comprend aussi qu’un grand nombre de Danois – comme bien d'autres Européens – désapprouvent les ghettos constitués par une majorité d’immigrés bénéficiaires de revenus d’insertion et s’insurgent contre le taux élevé de délinquance parmi les jeunes issus de l’immigration, les mariages forcés, les abus à l’encontre du droits d’asile, le trafic illégal de personnes, etc. Néanmoins, confondre impatience avec racisme constituerait une interprétation erronée des phénomènes politiques. Nombreux sont ceux qui, même ayant voté pour la droite populiste, restent partisans du modèle de société développé par les Sociaux-démocrates, qui a éradiqué la pauvreté d'antan. C’est l’émergence d’un nouveau prolétariat, dont la majorité ne maîtrise pas le danois et vit à la charge du secteur public, qui inquiète aujourd’hui les électeurs. Nous n’avons compris toutes ces motivations que trop tard, d’où notre défaite électorale.
Il est évident que nous devons donner asile aux réfugiés dont la vie est menacée par des régimes sanguinaires. Mais comment vérifier si ces personnes sont véritablement poursuivies ? Si nous ouvrons nos frontières à tous ceux qui souhaitent de meilleures conditions de vie, nous finirons par causer des problèmes d’intégration irrémédiables. La régularisation s’avère donc nécessaire.

Les solutions sont européennes

Mais malgré les contrôles instaurés, le contrôle des flux d’immigrés et de réfugiés illégaux est chose impossible. De nouvelles mesures législatives auraient pour seul effet la fuite de quelques milliers de réfugiés vers les voisins les plus proches. Ce qui nous amène à l’un des aspects fondamentaux de notre critique de la droite populiste, laquelle s’oppose à la fois à l’immigration, à l’assistance internationale, et à l’Union européenne. Les États européens ne peuvent trouver l’équilibre social recherché qu’en joignant leurs forces et en coopérant. D’où l’importance de la politique commune en matière d’asile et de droit. L’Union doit se munir de règles communes en ce qui concerne les réfugiés, et le trafic illégal de personnes.
Mais à terme, l’Europe devrait également proposer des solutions réelles aux conflits régionaux, à la pauvreté et à l'opresssion, sources d’émigration massive. Le Danemark a longtemps représenté un modèle en matière d’assistance internationale. Le nouveau gouvernement en a réduit le budget cette année, en conformité avec le slogan de la droite populiste : « Les Danois d’abord ». C’est une grave erreur : on ne peut préserver le bien-être et la paix des sociétés occidentales nanties qu’en contribuant, autant que faire se peut, au développement du reste du monde. L’Europe est la seule entité politique et culturelle au monde qui détient le pouvoir et les valeurs nécessaires pour se lancer dans l’élaboration d’une stratégie ambitieuse de développement. Nous ne pouvons attendre que les États-Unis s’y décident également, mais nous pouvons peut-être, dans ce domaine, exercer sur eux une certaine influence.

Pour une politique d’integration offensive

Les Danois doivent se rendre à l’évidence que les flux d’immigration de ces dernières décennies mène à la formation d’une société multiethnique. Cela peut-être très enrichissant pour notre société. En tout cas, on ne saurait admettre qu’une minorité qui s’habille, se nourrit différemment et pratique un autre culte que la majorité constitue en soi un problème. Mais nous devons exiger que tous les membres de notre société respectent les droits universels de l’homme et les principes fondamentaux de la démocratie.
C’est pour cela qu’une politique d’intégration « offensive » représente un élement essentiel de la lutte contre la xénophobie. Dans la pratique, nos nouveaux concitoyens devraient ressentir qu’ils ont le droit et même le devoir de contribuer à la mise en œuvre de solutions concernant certains défis sociaux inéluctables comme le vieillissement général et la baisse de la population active. Il faut leur donner la possibilité d’apprendre des langues et leur offrir des emplois décents. Leurs enfants doivent être socialisés de façon effective à la maternelle et à l’école.
Il importe en particulier que le nombre de mariages forcés soit réduit à zéro. Entretenue par les premières générations, dont l’objectif est de maintenir les normes et la culture du pays d’origine, en faisant venir de nouveaux membres de la famille et du pays, cette coutume provoque de nombreux conflits familiaux, une révolte chez les jeunes, et des problèmes récurrents d’intégration et de prolétarisation. Nous devons absolument éviter que les immigrants et les réfugiés soient réduits à un sous-prolétariat ethniquement isolé dans certains quartiers stigmatisés, avec des taux élevés de criminalité et une prédominance de l’économie parallèle. La décision de l’actuel gouvernement de réduire les allocations accordées aux immigrants pendant les sept premières années passées au Danemark constitue une erreur à laquelle il faut absolument rémédier le plus tôt possible.
Dans la foulée des événements politiques de 2001 au Danemark, les combats à mener sont légions.

Cet article a été publié dans le dossier n°38. Pour acquérir cette parution, reportez-vous à la rubrique « commandes ».

Date de publication : 01/12/2002


Mots-clés : Danemark, xénophobie, Europe, frontière, immigration, politique culturelle, extrême-droite, racisme, populisme, DF, Denmark, xenophobia, frontier, cultural policy, extreme right, racism, populism, Dinamarca, xenofobia, frontera, immigracion, politica de la cultura, derecha extrema, racismo, populismo
Inséré le : 14/01/2003 00:00
Thèmes : Europe, multiculturalisme, politique, politiques culturelles, sociologie de la culture,