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La culture digitale dans la société de la connaissance

Chapeau : La société de la connaissance doit donner l'accès à l'information sans limites et utiliser les nouvelles technologies comme moyen d'apprentissage. Le langage hypermédia peut devenir l'outil ad hoc.

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Genre : analyse (Mots-clés : )

Rubrique : 37 - Patrimoine et multimedia

Arturo COLORADO CASTELLARY rédacteur

Texte : Par Arturo Colorado Castellary
Université Complutense –Madrid


Le patrimoine culturel est souvent défini comme l’ensemble des monuments et des œuvres d’art dignes d’être conservés et admirés en tant que témoignages du passé et fruits du génie créatif. Aujourd’hui, la notion de patrimoine culturel est beaucoup plus vaste puisqu’elle inclut les œuvres plastiques (peinture, gravure, sculpture…) mais aussi la musique, la danse, le théâtre, le cinéma et la vidéo et finalement tout se qui peut être rassemblé sous la dénomination de biens culturels (le paysage, l’archéologie, le patrimoine immatériel…). Ce patrimoine mérite d’être préservé, non seulement pour les raisons évoquées plus haut, mais aussi parce qu’il fait partie de notre présent et qu’il constitue le produit des interactions culturelles, économiques et sociales de l’histoire. Sa diffusion ainsi que sa préservation sont les tâches les plus importantes à mettre en œuvre si nous souhaitons qu’il devienne un bien partagé et respecté par tous dans la société de l’information et de la connaissance.

L’information n’est pas la connaissance

Nous pouvons avoir à notre disposition toute l’information disponible sans pour autant la convertir en connaissance. Le XXe siècle a vu se créer une société marquée par une extraordinaire accumulation d’informations à travers de nombreux médias. Le problème qui se pose, aujourd’hui, n’est pas tant la quantité que
l’accessibilité. La société de la connaissance doit donner l’accès à l’information sans limites et utiliser les nouvelles technologies comme outil d’apprentissage. Le langage hypermédia peut devenir cet outil.
Mais le simple support ne crée pas l’hypermédia. Il est important de partir d’une perspective interdisciplinaire pour construire la « culture digitale ». Techniciens et chercheurs, programmateurs et designers doivent collaborer sur un plan d’égalité pour approfondir toutes les possibilités qu’offre le langage hypermédia.

Le langage hypermédia, plus qu’une promesse technologique

Si l’on prend l’exemple des musées, l’accès hypermédia peut se définir selon trois perspectives : « sur », « dans » et « depuis ». Le premier accès est un support optique off-line que l’on peut acquérir et regarder depuis son propre ordinateur ; le second est constitué de postes multimédia intégrés dans l’exposition ; le troisième consiste en un support télématique on-line.
L’hypermédia n’est pas seulement un moyen de compulser un grand nombre de données, c’est surtout un nouveau mode de communication qui intègre, à travers l’interactivité, une série de langages. L’impact principal de ces outils est le changement de relation entre le spectateur et le contenu audiovisuel. L’utilisateur cesse d’être un récepteur passif pour se convertir en acteur qui participe au développement de la narration interactive. La promesse de l’hypermédia ne réside pas dans la technologie mais dans le nouveau point de vue qu’il apporte sur la culture.
Mais cette promesse ne s’est pour le moment que peu réalisée. Malgré le grand nombre de titres multimédia ou de sites Web, peu de projets ont su exploiter les qualités interactives et l’intégration des différents médias. L’hypermédia doit être compris non comme un
support technologique mais comme le moyen de rénover les concepts traditionnels esthétiques, narratifs et de communication. Dans tous les projets, mais surtout dans ceux qui s’attachent au patrimoine culturel, l’innovation technique doit avoir une relation directe avec le contenu. La pauvreté des propositions va généralement de pair avec le manque d’interactivité et ce résultat tient souvent à l’absence de collaboration entre experts en logiciels, communication visuelle et patrimoine culturel.
Pourtant l’hypermédia constitue un moyen extraordinaire pour la diffusion du patrimoine culturel et pour l’accès à la connaissance. Il met fin à l’ancienne polémique du visuel et du textuel, intégrant sur un même support les différents médias sans qu’aucun ne soit subsidiaire (il rompt ainsi avec la tradition de la prédominance du texte face à l’image dans l’histoire de la culture européenne). Contrairement au livre marqué par le point de vue de son auteur, c’est un outil « anti-autoritaire » en ce que l’utilisateur possède le contrôle de l’information (il trace lui-même son chemin pour l’obtenir). Enfin, l’hypermédia permet, pour ce qui est de la culture visuelle, de s’approprier l’œuvre grâce à l’interactivité, de la désacraliser comme avait tenté de le faire Dada en son temps par le biais du scandale.

Révolution digitale et société de la connaissance

La communication est passée de la collecte des données (propre à une société de l’information dans son étape analogique) à la création de contenus, caractéristique de la société de la connaissance et de l’ère digitale. Les nouvelles technologies restent secondes face au besoin de contenus de l’industrie hypermédia.
Jusqu’à présent, les nombreuses publications hypermédia dans le domaine du patrimoine culturel se sont limitées à créer des bases de données (objets, espaces, catalogues de musées…). Cette étape de collecte des informations a été nécessaire pour parvenir à un autre type d’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Mais l’hypermédia n’existe pas réellement quand le support reste utilisé comme simple archive et que l’interactivité et la possibilité de naviguer ne sont pas privilégiées.
Dans l’hypermédia, il y a trois niveaux de construction : la présentation (l’hypermédia utilisé comme source d’archive), l’information (qui clarifie et développe les objets présentés) et la communication interactive (qui impulse la connaissance par l’utilisation intensive de tous les médias). Dans le premier cas, l’hypermédia comparé au livre n’apporte que sa capacité de stockage et sa rapidité dans l’accès aux données. Le second stade concurrence déjà le livre mais seulement sur un plan quantitatif. C’est au niveau de la communication interactive que l’hypermédia induit un saut qualitatif face au livre, authentique invitation à la connaissance via l’interactivité et tous les moyens audiovisuels dont il dispose. Ce stade permet le passage de la société de l’information à celle de la connaissance.
Mais, encore une fois, de nombreux produits hypermédia se limitent à une simple présentation (comme les produits muséaux présentant les fonds d’archives de leurs collections) ou parviennent au stade de l’information (encyclopédies sur cédéroms), alors que très peu de titres exploitent pleinement le niveau de la communication interactive. À ce sujet, le concept de « culture augmentée » de Kim Veltman, directeur scientifique de l’Institut McLuhan de l’Université de Maastricht s’avère fondamental. Il note que « l’ambition de la culture augmentée va beaucoup plus loin que la simple reproduction du monde physique sur support électronique. Elle suppose de nouveaux concepts sur la dynamique de la connaissance, lesquels dépassent les limites statiques qu’imposent les moyens de communication imprimés. »
Les conséquences économiques et sociales de cette évolution peuvent être extraordinaires. Si l’on convertit le concept de capital- force de travail en information-connaissance, le facteur de production devient alors le savoir de l’individu dans la nouvelle économie de l’information. De fait, la société de la connaissance ne repose pas sur la possibilité d’accéder à un grand flux d’informations, ni sur la possibilité de devenir plus savant, mais seulement sur la nécessité d’apprendre de manière différente.

Cet article a été publié dans le dossier n°37. Pour acquérir cette parution, reportez-vous à la rubrique « commandes »

Date de publication : 01/10/2002


Mots-clés : multimédia, nouvelles technologies, technologie, culture, digitale, patrimoine, conservation, hypermédia, internet, diffusion, information, communication, multimedia, new technologies, technology, digital, patrimony, conservation, preservation, hypermedia, nuevas tecnologias, tecnologia, cultura, digital, patrimonio, conservacion, difusion, informacion, comunicacion
Inséré le : 17/01/2003 00:00
Thèmes : Europe, TIC, multimédia, patrimoine, science, sociologie de la culture,