Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Les défis de l'industrie musicale européenne
Chapeau : Il devient urgent de mettre en place un marché musical européen homogène et compétitif qui puisse constituer un contrepoids économique mais aussi culturel efficace au marché américain. A fortiori depuis l'émergence de la musique gratuite qui constitue une menace importante.
Source : Culture Europe International (
http://www.culture-europe-international.org)
01 49 40 72 46 -
contact@culture-europe-international.org
2, rue de la Liberté, 93526 Saint-Denis cedex 02
Genre : analyse (Mots-clés : )
Rubrique : 36 - Les enjeux internationaux de la musique
Jean-François MICHEL rédacteur
Texte : Par Jean-François Michel
Directeur général du Bureau Export de la musique française (Paris)
et Secrétaire général du Bureau européen de la Musique,
European Music Office (Bruxelles) L’industrie du disque est marquée par plusieurs phénomènes liés à la mondialisation des échanges. Le marché américain (38 % du marché mondial en 2000) est le premier mondial. Il est relativement homogène, avec un public à forte capacité d’achat et un retour sur investissement important. La production américaine est très compétitive sur le marché international, avec un niveau de qualité et des moyens de production élevés. Si le marché européen représente 30,3 % du marché mondial, il reste cloisonné en marchés nationaux avec des comportements et des environnements législatifs, fiscaux ou sociaux spécifiques, qui rendent la circulation des œuvres, des artistes et des produits culturels difficile et coûteuse. 7,7 % de part de marché pour le Royaume-Uni, 6,6 % pour l’Allemagne ou encore 4,6 % pour la France ne s’additionnent pas, en réalité, pour constituer de façon homogène 30 % du marché mondial du disque. Cette situation se traduit par une très faible pénétration du marché américain par les productions européennes (7 %, production anglaise incluse).
Dans le domaine de la musique donc, mais davantage encore dans celui du cinéma, une véritable multinationale doit s’attacher impérativement à développer sa part de marché aux États-Unis. A ce titre, l’évolution de Vivendi Universal était logique.
Dans ce contexte de mondialisation économique, le phénomène de concentration et de verticalisation s’accentue, et ce pour atteindre une plus grande maîtrise du marché (maîtrise de l’offre, des canaux de promotion et de marketing, de la distribution). La fusion AOL – Time Warner en est un exemple frappant. Mais ce phénomène connaît ses limites. L’Union européenne a bloqué en 2000 les projets de fusion entre majors, notamment le rapprochement entre AOL – Time Warner et EMI. Par ailleurs, les synergies espérées ne sont pas toujours au rendez-vous. En termes de créativité, les gros conglomérats ainsi créés risquent de manquer de souplesse et de réactivité. Ils peuvent, du coup, dégager des espaces importants pour les producteurs indépendants.
De nouvelles réalités professionnelles Tout courant provoque des contre-courants. Le phénomène de mondialisation génère un renouveau des identités nationales ou régionales. Ainsi, la part de marché des productions nationales en Europe augmente constamment depuis une dizaine d’années. À titre d’exemple, en Allemagne, la part de marché des productions nationales, de 18 % avant 1995, dépassait les 40 % en 1999. Aux Pays-bas, de 12 %, elle est passée à près de 30 %. En France, la part de marché des musiques francophones, traditionnellement forte, a dépassé les 57 % en 2000.
Plusieurs autres facteurs concourent à cette évolution. Premièrement, une dimension internationale est devenue indispensable au développement économique des entreprises – majors ou indépendantes –, et pour la carrière des artistes. Ensuite, le talent et le dynamisme d’une nouvelle génération de créateurs, d’artistes et de producteurs se sont imposés, lesquels s’inscrivant sans complexe dans cette dimension internationale, diffusent des œuvres attractives sur le marché local comme mondial.
Enfin, une politique volontariste impulsée par les professionnels de l’industrie musicale a été mise en œuvre par les pouvoirs publics dans le domaine de l’export, à travers la création des Bureaux Export. Après le soutien initial privé ou public à la promotion des œuvres et des artistes, via l’appui de leurs médiateurs sur des marchés extérieurs, comme en Finlande, aux Pays-Bas, ou en Belgique, avec Wallonie-Bruxelles-Musiques et Music Centrum Vlanderen, certains pays ont créé des Bureaux export, regroupant l’ensemble des professions musicales (dont les éditeurs phonographiques) et entretenant des relations étroites avec les pouvoirs publics.
La France a donné l’exemple en 1993, aussitôt suivie par la Suède. Puis, la réflexion s’est généralisée à partir de l’an 2000, avec la création de Norway Now en Norvège, ainsi que des projets en cours au Royaume-Uni, en Autriche, en Allemagne, en Italie et en Finlande (pour compléter le dispositif existant dans ce pays).Cette politique active donne des résultats très significatifs. Ainsi, en une dizaine d’années, le nombre d’albums produits en France et vendus à l’étranger a quasiment décuplé, pour atteindre 40 millions d’unités en 2000.
Le rôle de la musique dans nos sociétés La musique constitue une partie très importante du patrimoine culturel européen. En outre, le développement des musiques populaires contribue à renforcer la diffusion des différentes cultures musicales et notamment la diversité linguistique, puisque beaucoup de ces répertoires populaires sont en langue locale. Cette effervescence sert aussi la revitalisation des traditions musicales régionales.
Par ailleurs, la musique joue un rôle social important. Elle est le premier loisir des jeunes, en termes de consommation et de pratique culturelle. Ainsi, une personne de moins de 25 ans écoute en moyenne 4 heures de musique par jour (plus que le temps passé devant la télévision), et la pratique musicale, seul ou en groupe (chorales, groupes de rock, hip-hop, jazz, fanfares, orchestres d’écoles ou de conservatoires, etc.) est difficilement quantifiable tant elle fait partie de la vie quotidienne des jeunes Européens.
Au-delà de son impact traditionnel en termes de convivialité, la musique joue aujourd’hui un rôle de ciment social ; elle permet notamment la prise de parole des minorités, des jeunes, la reconnaissance de leur créativité et de leurs talents, facilitant ainsi leur intégration dans la société, voire leur insertion professionnelle.
Perspectives et défis de l’industrie musicale Le développement de l’Union européenne entraîne chez les différents opérateurs de l’industrie musicale, une prise de conscience de l’appartenance à un territoire commun. Pourtant aujourd’hui encore, l’organisation de la production et de la distribution phonographiques en Europe restent à l’échelle de chaque pays. Si le Royaume-Uni, disposant théoriquement d’un accès plus facile au marché américain, exporte ses produits sur le marché international notamment en Europe continentale, les autres États membres restent plus orientés vers leur propre marché.
L’avènement de l’euro, marquant les progrès de la construction européenne, devrait amener les différents opérateurs à modifier leurs perspectives, et à considérer le marché communautaire comme un marché unique. Or, les obstacles restent nombreux : en particulier, le cadre législatif, réglementaire, fiscal et social reste encore de la responsabilité de chaque État membre. Si les directives concernant la propriété intellectuelle permettent d’envisager de réels progrès dans la perspective d’une plus grande harmonisation des législations des États membres sur ce point, les obstacles restent bien réels dans le domaine de la fiscalité (fiscalité des produits culturels et taux de TVA sur le disque, régime fiscal des entreprises et des artistes) ou des politiques sociales (régime social des artistes).
C’est pourquoi les professionnels attendent des États membres qu’ils acceptent d’analyser leur politique fiscale et sociale dans la perspective d’un véritable marché intérieur. Ils faciliteront ainsi la circulation des artistes, des répertoires et des productions sur le territoire européen. Dans ces conditions, l’Europe pourrait devenir un pôle d’équilibre du marché de la musique à l’échelle mondiale, face à la puissance du marché américain. Les échanges avec les autres marchés déjà structurés et puissants, comme le Japon, ou encore en voie de développement, comme l’Amérique latine, la Chine et l’Asie du Sud-Est, le Bassin méditerranéen et, à terme, l’Afrique s’en trouveraient facilités d’autant.
Face à l’effet prescripteur du marché américain, le marché européen constitue à l’évidence un contrepoids, un pôle d’équilibre virtuel, hélas, encore en cours de gestation. Son développement incombe à l’Union européenne, et donc aux gouvernements des États membres, au Parlement et à la Commission. Déjà mise en œuvre pour l’industrie du cinéma, cette politique reste à réaliser, de façon adaptée, tant pour l’industrie musicale que pour le livre. À l’échelle mondiale, c’est à l’Union européenne de se battre pour que, dans le cadre de la réglementation des échanges commerciaux (OMC), elle puisse disposer d’une telle politique. Voilà ce que signifie concrètement la diversité culturelle.
Nouveaux modes de diffusion L’illusion de la fin de la musique gratuite n’a duré qu’un temps, après les rachats des différents sites « gratuits » (notamment Napster) par les majors du disque. Mais malgré l’effondrement de la nouvelle économie, une pratique se généralise : le
peer to peer, c’est-à-dire l’échange de fichiers Mp3 entre internautes sur des sites tels que Kazaa ou Soulseek. Par ailleurs, l’achat des graveurs de CD connaît une expansion spectaculaire. Ces nouvelles pratiques provoquent une crise profonde dans l’industrie mondiale musicale. Ainsi, le marché américain a enregistré une chute de 14 % durant les six premiers mois de 2002, après une baisse de 10 % l’année précédente. En Europe, seuls le Royaume-Uni et la France parviennent à maintenir leur chiffre d’affaires, pour l’instant.
L’industrie musicale se trouve donc confrontée à de nouveaux modes de diffusion et de promotion. Or, l’absence de modèles économiques et juridiques appropriés ne lui permet pas actuellement de trouver une parade. Pour les différents acteurs de la filière musicale, il s’agit donc de rester vigilants face aux évolutions qui ne manqueront pas d’intervenir selon des échéances et dans des conditions qui n’apparaissent pas clairement aujourd’hui, mais qui
devraient bouleverser à terme les modes traditionnels de « consommation » de la musique.
Cet article a été publié dans le dossier n°36. Pour acquérir cette parution, reportez-vous à la rubrique « commandes »
Date de publication : 01/08/2002
Mots-clés : musique, économie, marché, Etats-Unis, Europe, musique gratuite, industrie musicale, industrie du disque, mondialisation, multinationale, concentration, verticalisation, majors, pouvoirs publics, diffusion, diversité, loisir, Union Européenne, circulation, peer to peer, crise, TIC, intégration européenne, politiques culturelles, music, cultural policy, economics, market, United States, free music, disc industry, globalisation, multinational, diversity, hobby, European Union, crisis, European integration, music industry, musica, economia, Estados Unidos, mercado, politica de la cultura, Unione Europea, industria del disco, industria musical, Europa, universalizacion, multinacional, diversidad, difusion, distracciones, circulacion, poderes publicos
Inséré le : 18/01/2003 00:00
Thèmes : Europe, TIC, intégration européenne, musique, métiers et emploi, politiques culturelles,