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Entretien avec Nikolaus Van Der Pas
Source : Culture Europe International (
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Genre : texte d'artiste (Mots-clés : )
Rubrique : 36 - Les enjeux internationaux de la musique
Nikolaus VAN DER PAS personnage politique
Texte : Directeur Général de l’Éducation et de la Culture à la Commission européenne.Vous paraît-il important que l’Union européenne prenne en compte les industries musicales ? Le poids économique et social des industries culturelles européennes est loin d’être négligeable. Selon l’étude réalisée en 2001 à la demande de la Commission sur le potentiel d’emplois dans le secteur culturel, 4,8 millions de personnes sont employées par les industries créatives au sens large, ce qui représente 3,1 % de l’emploi total dans l’UE. Le chiffre d’affaires de l’industrie du disque en Europe s’élève à 14,4 milliards d’euros.
Dès 1999, le Conseil des ministres de la culture estimait « vital pour la compétitivité européenne et pour la diversité culturelle de renforcer les industries de la culture, qui ont un grand potentiel de croissance dans le marché unique et sur le marché mondial. » Dans son plan de travail pour les prochaines années approuvé en mai dernier, il a d’ailleurs prévu d’analyser plus concrètement les moyens permettant d’encourager le développement des industries de la culture et de la création dans la Communauté européenne.
Si le marché européen des industries musicales représente une part significative du marché mondial, il reste cloisonné en marchés nationaux ce qui rend plus difficile et coûteuse la circulation des œuvres, des artistes et des produits culturels. C’est aussi un marché caractérisé par l’hyperconcentration et la verticalisation de la filière musicale. En résumé, la structure actuelle du marché européen de la musique a des conséquences sur l’offre de musique et ce marché reste très fragmenté.
L’industrie musicale européenne a donc une demande forte vis-à-vis de l’Union. Avec les besoins suivants : décloisonner les
marchés pour créer un véritable marché européen de la musique ; stimuler la compétitivité des entreprises et revitaliser l’économie musicale européenne ; créer un environnement favorable à l’innovation et dynamiser l’emploi généré par les industries culturelles ; garantir le pluralisme de l’offre musicale dans un marché globalisé, développer un marché pour les musiques traditionnelles et la musique contemporaine.
Le programme Culture 2000, dans sa version actuelle, est dépassé par ces questions. Nous avons l’intention, cependant, de tester un certain nombre d’idées pertinentes, dans le cadre de projets pilotes dès 2003. Avec l’objectif de développer des pistes nouvelles pour un nouveau programme culturel à partir de 2007.
Dans le cadre des négociations de l’OMC, le secteur musical doit-il rester dans le cadre de l’audiovisuel ? Que pensez-vous des propositions pour libéraliser les prestations musicales, en particulier sur Internet ? L’Accord Général sur le Commerce et les Services (AGCS) est assez flexible. La musique figure parmi les services audiovisuels dans la classification indicative. Mais en l’absence de classification s’imposant à tous, les États membres peuvent décider d’organiser leurs engagements de libéralisation comme ils l’entendent et placer des engagements concernant les activités musicales dans d’autres catégories de services.
La question essentielle n’est donc pas : « Garde-t-on la musique dans l’audiovisuel ? » mais plutôt : « Quel traitement voulons-nous pour la musique dans le cadre de l’AGCS, en fonction de quelle politique européenne ? ». Considérons-nous que la musique a des caractéristiques qui la rapprochent des activités cinématographiques et télévisuelles, et fait partie de ce que l’on nomme génériquement les contenus audiovisuels ? La Commission répond positivement à cette question. Car la musique – comme le cinéma ou la télévision – est un vecteur culturel d’identités et de références, en plus de constituer une activité économique. L’objectif européen de préservation et de promotion de la diversité culturelle s’applique aussi à la musique.
Pour ce qui est du vecteur Internet, et donc des activités naissantes de commercialisation de musique en ligne, les incertitudes pesant sur la viabilité économique des « business models » existants incitent à la prudence. L’Internet, en tant que réseau ouvert, peut constituer un formidable outil de promotion de la diversité culturelle, mais il peut tout aussi bien se révéler un moyen de distribution plus efficace pour renforcer significativement la part du répertoire « global » et mettre en danger l’économie des contenus locaux. Personne n’est en mesure aujourd’hui de déterminer quel est – et encore moins quel sera à terme – l’impact sur la diversité culturelle de ces services en ligne. Attendons qu’une masse critique de services de musique en ligne voie le jour ; évaluons ses effets, notamment en termes de concurrence et d’accès pour les indépendants ; étudions son impact sur la diversité de l’offre et de la demande, sur le financement de la recherche et de la production de nouveaux talents. C’est seulement sur cette base que nous serons en mesure de décider de ce qu’il convient de faire au GATS.
Envisagez-vous possible, à l’avenir, la mise en place d’un « MEDIA+ » pour les industries musicales et, dans ce cas, serait-il comme MEDIA, adossé à l’article 157 plutôt que 151 ? La question de la base juridique est prématurée, même si objectifs économiques, industriels et culturels sont étroitement mêlés dans le domaine des industries culturelles (dans l’optique de l’économie culturelle).
Nous sommes encore dans une phase exploratoire, comme je l’ai indiqué auparavant ; la Commission se propose de mettre en œuvre dès 2003 des actions expérimentales de soutien européen aux industries culturelles hors audiovisuel.
Dans l’immédiat, envisagez-vous des actions pilotes consacrées notamment à la circulation des artistes ? Les études pour la Commission sur les obstacles à la circulation des artistes et professionnels du spectacle vivant dans l’Union européenne, constituent-elles un outil privilégié dans cette perspective ? La question de la mobilité et de la circulation des artistes et de leurs œuvres est pour nous centrale : l’un des premiers rôles de l’UE dans le secteur culturel est d’encourager cette mobilité.
Nous faisons déjà beaucoup pour encourager la mobilité des artistes et des oeuvres en Europe, notamment à travers le programme Culture 2000, en soutenant des projets de coopération comme les Pépinières européennes pour jeunes artistes qui encouragent la mobilité et la rencontre des jeunes artistes de toutes les disciplines, mais nous voulons en effet développer nos actions.
À cet égard, les résultats des études que vous citez nous seront très utiles. Que nous disent-elles notamment ? Que les obstacles dont souffre le secteur culturel ne sont pas, le plus souvent, des obstacles juridiques, mais des entraves à la mobilité dues au manque d’information et de transparence du marché européen de l’emploi dans le domaine culturel. Il nous appartient maintenant de remédier concrètement aux problèmes soulevés, et nous examinons, avec d’autres services de la Commission et avec les États membres, les possibilités d’intégrer encore plus cette préoccupation dans nos futures initiatives.
Cet article a été publié dans le dossier n°36. Pour acquérir cette parution, reportez-vous à la rubrique « commandes »
Date de publication : 01/08/2002
Mots-clés : musique, Union européenne, marché, industrie musicale, économie, audiovisuel, internet, artistes, mobilité, Culture 2000, politiques culturelles, music, European Union, market, musical industry, economics, audiovisual, artists, cultural policies, mobility, musica, Union Europea, mercado, industria musical, economia, audiovisual, movilidad, politica de la cultura, artistas,
Inséré le : 20/01/2003 00:00
Thèmes : Europe, intégration européenne, musique, politiques culturelles,